Stith Thompson

Stith Thompson

Types de contes, index des motifs et diffusion internationale de la méthode comparative

Stith Thompson est l’un des artisans de la classification internationale des contes populaires. Son nom est associé au système Aarne-Thompson, puis Aarne-Thompson-Uther, qui permet d’identifier les contes-types à travers leurs variantes nationales et régionales.

Son rôle ne se limite pas à la révision du répertoire d’Antti Aarne. Thompson a aussi construit l’un des outils les plus utilisés dans les études folkloriques : le Motif-Index of Folk-Literature. Là où le catalogue des types regroupe des récits complets selon leur trame, l’index des motifs inventorie des unités narratives récurrentes, reconnaissables d’un récit à l’autre : personnages, objets, épisodes, interdits, épreuves, lieux, actions, situations, formules et images.

Pour la lecture des contes merveilleux, Thompson est indispensable. Il donne deux instruments complémentaires : le type pour situer une version dans une famille narrative, le motif pour repérer les éléments qui circulent d’un récit à l’autre. Ces outils sont puissants, mais ils demandent une lecture prudente : un numéro de type ou de motif aide à comparer, il ne remplace pas l’analyse précise des versions.

Nom complet Stith Thompson
Dates 1885-1976
Origine États-Unis : naissance à Bloomfield, Kentucky ; carrière principalement liée à l’Université d’Indiana.
Domaines Folklore, contes populaires, littérature orale, classification des contes, indexation des motifs, folklore amérindien, comparatisme international.
Institution majeure Indiana University, où il enseigne le folklore et contribue à structurer la discipline aux États-Unis.
Ouvrages centraux The Types of the Folktale, Motif-Index of Folk-Literature, The Folktale, Tales of the North American Indians, The Oral Tales of India.
Héritage principal Diffusion internationale du système Aarne-Thompson et création d’un index monumental des motifs folkloriques.
Le second nom du système Aarne-Thompson

Antti Aarne avait posé les bases du classement international des contes-types avec son Verzeichnis der Märchentypen de 1910. Stith Thompson reprend ce travail, le traduit, l’élargit et le rend accessible au monde anglophone. C’est cette opération qui donne naissance au système généralement appelé Aarne-Thompson.

Thompson joue donc un rôle de passeur. Il ne crée pas seul la notion de conte-type, mais il lui donne une diffusion internationale beaucoup plus large. Son travail rend possible la comparaison de corpus européens, américains, asiatiques et extra-européens à partir d’un vocabulaire commun.

  • Aarne donne la première charpente typologique internationale.
  • Thompson traduit, augmente et diffuse cette charpente.
  • Uther révise ensuite l’ensemble et produit la norme ATU moderne.

Dans les références anciennes, on trouve souvent les sigles AT ou AaTh. Dans les références plus récentes, on rencontre plutôt ATU, après la révision de Hans-Jörg Uther.

Repères biographiques

Stith Thompson naît le 7 mars 1885 à Bloomfield, dans le Kentucky. Il étudie notamment à l’Université du Wisconsin, à l’Université de Californie et à Harvard, où il obtient son doctorat. Ses premiers travaux portent déjà sur les parallèles, les emprunts et les correspondances entre traditions narratives.

Après avoir enseigné à l’Université du Texas, au Colorado College et à l’Université du Maine, il rejoint l’Université d’Indiana en 1921. C’est là que son activité devient décisive pour la structuration des études folkloriques américaines. Il enseigne le folklore, organise des instituts d’été et contribue à donner à la discipline une place universitaire durable.

Thompson occupe également des fonctions administratives importantes, notamment comme doyen de la Graduate School de l’Université d’Indiana à la fin des années 1940. Il reste surtout connu pour ses travaux de classification des contes et des motifs. Il meurt en 1976.

The Types of the Folktale : élargir Aarne

The Types of the Folktale est l’ouvrage par lequel Thompson rend le système d’Aarne disponible dans le monde anglophone. Il ne s’agit pas d’une simple traduction. Thompson élargit le répertoire, ajoute des références et transforme l’outil en instrument de travail international.

La seconde révision de 1961, publiée dans les Folklore Fellows’ Communications, devient pendant plusieurs décennies la référence principale pour l’identification des contes-types. Les catalogues nationaux et régionaux l’utilisent comme point d’appui, même lorsqu’ils adaptent ou complètent la classification.

Élément Fonction dans le travail de Thompson
Traduction du répertoire d’Aarne Rendre le système accessible à un public savant plus large.
Élargissement des références Intégrer davantage de traditions et de publications.
Stabilisation de la numérotation Permettre aux catalogues nationaux de renvoyer à une grille commune.
Bibliographie comparative Relier chaque type à des corpus et travaux savants.
Usage international Faire du conte-type un identifiant partagé entre chercheur·euse·s.

Pour un lecteur du catalogue Delarue-Tenèze, Thompson explique pourquoi les contes français peuvent être reliés à une classification internationale, même lorsqu’ils portent des titres locaux très différents.

Le Motif-Index of Folk-Literature

L’autre grand apport de Thompson est le Motif-Index of Folk-Literature. L’ouvrage classe des milliers de motifs présents dans les contes, mythes, ballades, fables, romans médiévaux, exempla, fabliaux, récits facétieux et légendes locales.

Le motif désigne une unité narrative repérable dans plusieurs récits, ou suffisamment caractéristique pour être indexée : personnage, objet, action, interdit, être merveilleux, lieu, épreuve, transformation ou situation narrative. Un même motif peut apparaître dans plusieurs contes-types. Un même conte-type peut contenir plusieurs motifs.

Exemple de motif Rôle possible dans les contes merveilleux
Animal secourable Aide surnaturelle ou rétribution d’un acte de bonté.
Objet magique Médiation entre impuissance initiale et réussite de l’épreuve.
Tâche impossible Épreuve imposée par un roi, un être surnaturel, une marâtre, un diable ou un maître dangereux.
Chambre interdite Lieu de secret, d’épreuve, de danger ou de révélation.
Métamorphose animale Perte, dissimulation ou transformation de l’identité humaine.
Reconnaissance par un objet Preuve finale permettant de confondre l’imposteur ou de révéler la vraie identité.

Le motif ne doit pas être traité comme une signification toute faite. Il sert à repérer une unité narrative récurrente. Son sens dépend de sa place dans la version étudiée.

Type, motif et version : trois niveaux à distinguer

L’un des intérêts majeurs de Thompson est d’avoir rendu très visible la complémentarité entre le type et le motif. Pour travailler correctement sur un conte merveilleux, il faut distinguer trois niveaux.

Niveau Définition pratique Exemple d’usage
Version Récit concret, recueilli, transcrit, imprimé ou publié dans une source précise. Une version nivernaise, ariégeoise, bretonne, canadienne, occitane ou gasconne d’un conte.
Conte-type Trame narrative récurrente qui permet de regrouper plusieurs versions apparentées. AT 300, AT 313, AT 400, AT 451, AT 510A, etc.
Motif Élément narratif plus petit, susceptible de circuler entre plusieurs types. Dragon à plusieurs têtes, frères changés en oiseaux, clef tachée, animal reconnaissant, objet magique.

Cette distinction est essentielle pour éviter les confusions. Une version peut contenir un motif rare sans que ce motif appartienne au noyau du conte-type. Inversement, un motif très stable peut servir à reconnaître une famille narrative.

The Folktale : une grande synthèse comparative

Publié en 1946, The Folktale est l’un des grands livres de synthèse de Thompson. L’ouvrage présente les principales familles de récits, les méthodes d’étude du conte, les rapports entre traditions, les grands cycles narratifs et les questions de diffusion.

L’intérêt de ce livre pour un lecteur non spécialiste est double. Il montre l’ampleur mondiale des contes populaires, mais aussi la difficulté d’en proposer un classement simple. Les récits circulent entre peuples, langues, religions, livres, collectes, migrations et réécritures.

Thompson y donne une vision très large du conte populaire : contes merveilleux, récits d’animaux, contes facétieux, légendes, récits religieux, histoires de revenants, contes de ruse, traditions amérindiennes, indiennes, européennes et asiatiques. Cette ampleur explique sa place durable dans les études folkloriques.

Folklore amérindien, Inde et comparaisons internationales

Thompson ne travaille pas seulement sur les contes européens. Dès ses premiers travaux, il s’intéresse aux récits des peuples autochtones d’Amérique du Nord et aux parallèles entre traditions amérindiennes et traditions européennes. Cette attention élargit le champ du comparatisme.

Avec Jonas Balys, il publie également The Oral Tales of India, qui constitue un outil important pour les récits indiens. Cette ouverture ne supprime pas les limites du système Aarne-Thompson, largement façonné par les corpus européens, mais elle montre l’effort de Thompson pour faire circuler les outils de classement au-delà de l’Europe.

  • Amérique du Nord : collecte, traduction et classement de récits amérindiens.
  • Inde : travail typologique avec Jonas Balys sur les récits oraux indiens.
  • Europe : intégration des grands corpus européens dans la classification des types.
  • Comparatisme mondial : recherche de parallèles, de circulations et de motifs récurrents.
Usages pratiques : types, motifs et indexation

Thompson fournit une infrastructure de recherche fondée sur deux entrées complémentaires : le type de conte, qui regroupe des versions apparentées, et le motif, qui permet de suivre des éléments narratifs d’un récit à l’autre.

Outil Ce qu’il permet Exemple d’usage dans un catalogue
Type de conte Regrouper les versions apparentées. Toutes les versions d’un même conte-type sont réunies dans une fiche commune.
Motif Repérer les éléments narratifs qui circulent entre plusieurs types. Un motif comme « tâche impossible » peut apparaître dans plusieurs familles de contes.
Bibliographie comparative Relier les versions locales à des corpus internationaux. Une version française peut être rapprochée d’attestations espagnoles, italiennes, russes ou indiennes.
Indexation Rendre les recherches transversales plus précises. Rechercher tous les récits comportant dragon, animal auxiliaire, fuite magique ou reconnaissance par objet.

Cette section décrit l’usage documentaire des outils de Thompson. La lecture d’un conte demande ensuite d’observer la place des motifs dans une version précise.

Thompson et Delarue-Tenèze

Le catalogue Delarue-Tenèze s’inscrit dans une tradition typologique internationale dont Thompson est l’un des principaux relais. Les numéros AT utilisés dans les catalogues français renvoient à cette infrastructure comparative.

Cette filiation permet de comprendre pourquoi les contes français ne sont pas classés seulement par titres. Une version locale peut recevoir un nom particulier dans une collecte ou une édition, tout en appartenant à une famille narrative reconnue dans d’autres traditions.

Pour le lecteur, l’intérêt est concret : le classement Delarue-Tenèze donne accès au corpus français, tandis que le système Aarne-Thompson ouvre des comparaisons avec d’autres catalogues européens ou extra-européens.

Points de vigilance

Les outils de Thompson sont puissants, mais ils peuvent produire des effets trompeurs si on les emploie sans prudence. La classification ne remplace pas la lecture des versions.

  • Ne pas confondre le numéro et le récit : un type AT regroupe des versions parfois très différentes.
  • Ne pas réduire une version à une liste de motifs : l’ordre des scènes et leur fonction narrative restent décisifs.
  • Ne pas traiter le motif comme une signification : un même motif peut avoir des rôles très différents selon les récits.
  • Tenir compte des limites eurocentrées du système : l’outil a été conçu à partir de corpus où les traditions européennes occupent une place forte.
  • Vérifier les révisions ATU : certains types ont été déplacés, renommés, fusionnés ou supprimés dans les révisions ultérieures.
  • Lire les variantes concrètes : l’interprétation doit revenir aux textes, aux collectes, aux conteur·euse·s et aux contextes.

Thompson donne des instruments de repérage. Leur valeur dépend de l’usage qu’on en fait : plus l’indexation est précise, plus elle doit être accompagnée d’une lecture narrative et documentaire.

Ce que Thompson apporte à la lecture des contes merveilleux

Pour les contes merveilleux, Thompson aide à lire ensemble deux dimensions : la famille narrative à laquelle appartient une version, et les motifs qui lui donnent sa couleur propre. Cette double entrée est particulièrement utile pour des récits riches en objets, êtres, lieux, épreuves et opérations impossibles.

  • Lire le type sans effacer la version : rattacher une version à Cendrillon, La Fille du diable, Le Tueur de dragon ou La Belle et la Bête, tout en conservant ses détails propres.
  • Observer la fonction des motifs : animal parlant, objet magique, époux animal, tâche impossible, fuite magique ou chambre interdite ne jouent pas toujours le même rôle selon les récits.
  • Préparer l’analyse transversale : suivre un motif à travers plusieurs contes-types sans conclure trop vite à une parenté directe.
  • Préparer la poétique du conte : distinguer un motif central du type, une image propre à une version, et un élément lié à une aire culturelle.

L’apport de Thompson est d’abord un repérage comparatif. Il devient pleinement utile lorsqu’il est associé à la lecture précise des versions.

Synthèse courte pour lecteur non spécialiste

Stith Thompson est un folkloriste américain majeur. Il a repris et élargi le classement des contes-types commencé par Antti Aarne. C’est pourquoi on parle du système Aarne-Thompson, puis Aarne-Thompson-Uther après la révision de Hans-Jörg Uther.

Son autre grand apport est le Motif-Index of Folk-Literature. Cet index classe les éléments récurrents des récits populaires : animaux, objets magiques, interdits, épreuves, personnages, lieux, transformations, situations et actions. Il permet de suivre les motifs d’un conte à l’autre.

Pour la lecture des contes merveilleux, Thompson est indispensable. Il aide à classer les versions, à comparer les traditions et à repérer les motifs. Mais ses outils doivent rester des instruments de recherche : le sens d’un conte se construit toujours dans une version précise, avec son ordre narratif, ses détails et son contexte.

Repères bibliographiques et liens vérifiés

Œuvres et documents principaux

  • Antti Aarne et Stith Thompson, The Types of the Folktale. A Classification and Bibliography, Helsinki, Folklore Fellows’ Communications, n° 74, 1928.
  • Antti Aarne et Stith Thompson, The Types of the Folktale. A Classification and Bibliography, seconde révision, Helsinki, Folklore Fellows’ Communications, n° 184, 1961.
  • Stith Thompson, Motif-Index of Folk-Literature, 6 vol., Bloomington, Indiana University Press, première édition 1932-1937 ; édition révisée et augmentée, 1955-1958.
  • Stith Thompson, The Folktale, New York, Dryden Press, 1946.
  • Stith Thompson, Tales of the North American Indians, Cambridge, Harvard University Press, 1929.
  • Stith Thompson et Jonas Balys, The Oral Tales of India, Bloomington, Indiana University Press, 1958.
  • Stith Thompson, One Hundred Favorite Folktales, Bloomington, Indiana University Press, 1968.
  • Hans-Jörg Uther, The Types of International Folktales. A Classification and Bibliography, Helsinki, Folklore Fellows’ Communications, n° 284-286, 2004.

Liens de référence