Langue, oralité et écriture
Reformulation, récit oral, chronologie, ateliers d’écriture et apprentissages langagiers
Cette fiche met en avant les contes merveilleux comme supports de reformulation, de chronologie, de narration orale, de mise en voix et de passage entre texte écrit et récit raconté.
Publics concernés
- Orthophonistes, selon leur cadre de pratique et les publics accompagnés.
- Formateur·rice·s FLE, alphabétisation, remise à niveau et ateliers sociolinguistiques.
- Animateur·rice·s d’ateliers d’écriture, enseignant·e·s de langues régionales ou médiateur·rice·s de l’oralité.
Ce que les contes merveilleux peuvent apporter
Le conte merveilleux possède une structure fortement mémorisable : personnages identifiables, épisodes enchaînés, répétitions, formules, épreuves, résolution finale. Cette organisation facilite le travail de reformulation, de narration et de chronologie.
Les variantes permettent aussi de montrer qu’un récit peut se dire autrement tout en restant reconnaissable. On peut ainsi travailler la précision lexicale, les connecteurs, les temps verbaux, la prise de parole et la transformation d’un texte écrit en récit oral.
Ressources du site à mobiliser
- Résumés narratifs pour disposer d’une trame simple.
- Versions courtes pour la lecture, la reformulation ou la mise en voix.
- Variantes pour travailler synonymes, choix lexicaux, ordre des épisodes et différences de formulation.
- Structures ternaires et répétitions pour soutenir la mémorisation.
- Poétique du conte pour enrichir le vocabulaire des lieux, objets, êtres et actions.
Pistes d’utilisation
- Faire raconter un conte à partir d’une trame en cinq ou six étapes.
- Demander de reformuler une version ancienne dans une langue contemporaine.
- Travailler les connecteurs : d’abord, puis, alors, pendant ce temps, enfin.
- Repérer les personnages, lieux, objets et actions dans un tableau simple.
- Faire produire une variante courte en changeant un lieu, un objet ou une épreuve.
- Passer de l’écrit à l’oral : résumé, mise en voix, narration sans lecture.
Exemple d’activité
Activité : reconstruire la chronologie. On choisit un conte bref, on isole six moments du récit, puis le groupe les remet dans l’ordre. Chaque participant·e formule ensuite une phrase de transition. La dernière étape consiste à raconter le conte sans regarder le texte complet.
Questions possibles
- Qui est le personnage principal ?
- Quel événement déclenche l’histoire ?
- Dans quel ordre les épreuves apparaissent-elles ?
- Quels mots indiquent le changement de lieu ou de moment ?
- Quels détails faut-il garder pour que le conte reste reconnaissable ?
Conte-types et motifs particulièrement utiles
- Contes à structure répétitive ou ternaire.
- Récits avec une quête claire et des étapes successives.
- Contes comportant des formules, interdits ou épreuves faciles à mémoriser.
- Versions courtes avec peu de personnages pour les publics débutants.
Précautions
- Ne pas choisir une version trop longue pour un premier travail de reformulation.
- Adapter le lexique et la violence éventuelle du récit au public.
- Distinguer l’exercice de langue de l’interprétation psychologique.
- Conserver la richesse du conte sans surcharger la consigne.
- Prévoir des supports visuels simples lorsque le public en a besoin.
Parcours de consultation recommandé
- Sélectionner un conte à structure claire.
- Lire le résumé, puis choisir une version courte.
- Repérer les étapes essentielles.
- Préparer une activité : reformulation, chronologie, récit oral, écriture d’une variante.
- Utiliser les variantes du site pour prolonger le travail.
En résumé
Cette fiche met en avant les contes merveilleux comme supports de reformulation, de chronologie, de narration orale, de mise en voix et de passage entre texte écrit et récit raconté.
Repères bibliographiques sur langue, oralité et écriture
Cette bibliographie rassemble des ressources utiles pour comprendre les liens entre conte, parole orale, apprentissage de la langue, passage à l’écrit, écriture créative, mémoire narrative et pratiques de littératie.
Le conte occupe une position singulière entre oral et écrit. Il se transmet par la voix, se transforme dans la mémoire, se stabilise parfois dans les livres, puis peut redevenir parole, jeu, variation ou écriture personnelle. Cette circulation en fait un support précieux pour écouter, raconter, reformuler, écrire, réécrire et prendre conscience des pouvoirs de la langue.
Comprendre les relations entre oralité, écriture et culture
-
Walter J. Ong, Orality and Literacy : The Technologizing of the Word, Londres/New York, Routledge, édition anniversaire.
Notice Taylor & Francis
Référence majeure pour comprendre ce que l’écriture, l’imprimé et les technologies de la parole changent dans les manières de penser, de mémoriser, de transmettre et d’organiser le savoir. Le conte aide à observer concrètement ces passages entre parole vive, mémoire collective et texte écrit. -
Jack Goody, The Interface Between the Written and the Oral, Cambridge, Cambridge University Press, 1987.
Notice Google Books
Ouvrage important pour penser les relations complexes entre modes oraux et modes écrits de communication. Il aide à éviter une opposition trop simple entre parole populaire et texte savant, entre mémoire orale et culture écrite. -
Paul Zumthor, Introduction à la poésie orale, Paris, Seuil, coll. « Poétique », 1983.
Compte rendu sur Persée
Référence utile pour comprendre la performance orale : voix, présence, rythme, écoute, situation de parole, relation au public. Le conte gagne à être lu comme texte, mais aussi comme événement de parole. -
Geneviève Calame-Griaule, Ethnologie et langage : la parole chez les Dogon, Paris, Gallimard, 1965 ; rééd. Lambert-Lucas, 2009.
Compte rendu sur OpenEdition
Ouvrage majeur pour comprendre la parole comme fait social, symbolique et culturel. Même lorsqu’il ne porte pas directement sur les contes européens, il aide à penser la valeur d’une parole située : qui parle, à qui, dans quel cadre, avec quelle autorité et quelles conséquences. -
Bruno de La Salle, Lettres à un jeune conteur, ou le Jeu de la narration tranquille, Paris, Éditions Hesse, 2016.
Compte rendu dans les Cahiers de littérature orale
Texte important pour entrer dans les arts de la parole par l’expérience du conteur : trouver sa voix, travailler la présence, respecter la lenteur du récit, laisser les images se former et faire exister une narration dans l’écoute.
Langage oral, apprentissage et passage vers l’écrit
-
Ministère de l’Éducation nationale – Éduscol, Le développement et la structuration du langage oral et écrit au cycle 1.
Ressource Éduscol
Ressource institutionnelle utile pour situer les premiers apprentissages langagiers : comprendre, s’exprimer, échanger, enrichir le vocabulaire, structurer la syntaxe et préparer progressivement l’entrée dans l’écrit. -
Ministère de l’Éducation nationale – Éduscol, Ressources d’accompagnement du programme de français au cycle 2.
Ressource Éduscol
Repère utile pour comprendre l’enseignement de l’oral comme compétence à part entière : écouter, reformuler, participer à des échanges, raconter, décrire, expliquer, réagir et entrer dans des formes plus organisées de discours. -
Sylvie Plane et Gilbert Turco, « L’oral en situation scolaire : interaction didactique et construction de savoirs », Pratiques, n° 103-104, 1999.
Article sur Persée
Article utile pour comprendre que l’oral n’est pas seulement une parole spontanée. Dans les apprentissages, il devient interaction, reformulation, raisonnement, construction collective de savoirs et passage vers des formes plus élaborées de langage. -
Shirley Brice Heath, Ways with Words : Language, Life and Work in Communities and Classrooms, Cambridge, Cambridge University Press, 1983.
Notice Cambridge University Press
Classique des études sur la littératie. L’ouvrage montre que les manières de parler, raconter, questionner et lire varient selon les milieux sociaux. Il aide à comprendre pourquoi certains usages scolaires du récit sont familiers à certains enfants et plus éloignés d’autres expériences langagières. -
Sarah Michaels, « Sharing Time : Children’s Narrative Styles and Differential Access to Literacy », Language in Society, 1981.
Notice Semantic Scholar
Référence utile pour comprendre comment les récits oraux d’enfants peuvent favoriser ou freiner l’accès à la littératie selon la manière dont ils sont accueillis, guidés et reconnus dans les échanges collectifs.
Écrire, réécrire, inventer
-
Gianni Rodari, Grammaire de l’imagination : introduction à l’art d’inventer des histoires, Paris, Rue du Monde.
Notice Bibliothèque numérique francophone accessible
Référence essentielle pour inventer des histoires, jouer avec les mots, déplacer les contraintes, transformer les récits connus et stimuler l’imagination. Très utile pour passer du conte entendu au conte inventé. -
Élisabeth Bing, Et je nageai jusqu’à la page : vers un atelier d’écriture, Paris, Des femmes-Antoinette Fouque.
Notice Eyrolles
Texte fondateur sur les ateliers d’écriture en France. Il aide à comprendre l’écriture comme autorisation, écoute, confiance, passage d’une parole empêchée vers une parole formulée. -
François Bon, Tous les mots sont adultes : méthode pour l’atelier d’écriture, Paris, Fayard, édition revue et augmentée, 2005.
Notice Fayard
Référence importante pour l’atelier d’écriture contemporain. Le livre propose une entrée dans l’écriture par les textes, les déclencheurs, les contraintes, les fragments, les lieux, les voix et les formes narratives. -
Mireille Pochard, L’art d’écrire un conte : dans les pas de Lewis Carroll et Andersen, Paris, Eyrolles, 2024.
Notice Eyrolles
Guide directement centré sur l’écriture de contes, légendes, mythes et épopées. Il propose des pistes créatives, des techniques narratives et des exercices utilisables seul ou en groupe. -
Dominique Bucheton dir., Refonder l’enseignement de l’écriture : vers des gestes professionnels plus ajustés du primaire au lycée, Paris, Retz, 2014.
Notice Retz
Ouvrage utile pour comprendre l’écriture comme activité complexe : organiser les idées, développer un propos, choisir les mots, maîtriser la syntaxe, tenir compte du genre, réviser, réécrire et construire une posture d’auteur. -
Yves Reuter, Enseigner et apprendre à écrire : construire une didactique de l’écriture, Paris, ESF, 3e éd., 2002.
Notice LISEO – France Éducation international
Référence de didactique de l’écriture. Elle aide à penser l’écrit comme pratique d’apprentissage, de communication, de construction du sens et de réécriture progressive.
Conte, littérature orale et écriture littéraire
-
Bernadette Bricout, La Clé des contes, Paris, Seuil, 2005.
Notice Seuil
Ouvrage précieux pour comprendre comment les contes gardent la trace d’une parole transmise, de gestes, de formules, de lieux et d’images. Il aide à passer d’une lecture scolaire du conte à une attention plus fine à ses résonances orales et symboliques. -
Henri Gougaud, L’Arbre à soleils : légendes du monde entier, Paris, Seuil.
Notice Seuil
Recueil utile pour sentir le passage entre tradition orale, réécriture littéraire et voix de conteur. Les textes peuvent nourrir l’écoute, la lecture expressive, l’adaptation orale et l’écriture personnelle. -
Ministère de la Culture – Histoire des arts, « Le conte : entre oralité et écriture ».
Ressource Histoire des arts
Ressource courte et claire pour situer le conte entre veillée, tradition orale, lecture familiale, culture populaire et littérature enfantine. Elle aide à visualiser le déplacement historique du conte de la parole partagée vers l’objet imprimé.
Repères
- Pour comprendre l’oralité et l’écriture comme formes culturelles : Ong, Goody, Zumthor, Calame-Griaule.
- Pour penser l’oral comme apprentissage : Éduscol, Plane, Turco, Heath, Michaels.
- Pour passer du conte entendu au conte écrit : Rodari, Bing, Bon, Pochard.
- Pour travailler la réécriture et la posture d’auteur : Bucheton, Reuter.
- Pour garder le lien avec la littérature orale : Bricout, Gougaud, Bruno de La Salle.