Dan Ben-Amos
Folklore en contexte, communication artistique et transmission orale des récits
Dan Ben-Amos est un folkloriste israélo-américain, professeur à l’Université de Pennsylvanie, dont les travaux ont profondément marqué la théorie du folklore, l’étude des genres oraux et l’analyse des récits en contexte. Son nom est particulièrement associé à une formule devenue classique : le folklore comme « communication artistique dans de petits groupes ».
Dan Ben-Amos n’est pas un spécialiste du conte merveilleux au sens étroit. Il ne propose ni catalogue de contes-types, ni morphologie du récit merveilleux, ni interprétation symbolique générale des fées, des ogres, des animaux parlants ou des objets magiques. Son apport se situe à un autre niveau : il aide à comprendre ce qu’est un conte comme fait social de parole.
Pour l’étude des contes merveilleux, Dan Ben-Amos est important parce qu’il déplace le regard du texte isolé vers la situation de communication. Un conte ne circule pas dans le vide. Il est raconté par quelqu’un, devant quelqu’un, dans un groupe, avec des codes, des attentes, des effets, une mémoire partagée et une valeur artistique reconnue par ceux qui l’écoutent.
1. Situer Dan Ben-Amos
Dan Ben-Amos appartient à une génération de folkloristes qui, dans les années 1960 et 1970, ont profondément renouvelé l’étude du folklore. Au lieu de considérer les récits populaires comme des survivances anonymes ou comme des textes à classer seulement par motifs, Dan Ben-Amos insiste sur les conditions sociales de leur production.
Son article « Toward a Definition of Folklore in Context », publié en 1971, est un texte central. Dan Ben-Amos y propose de définir le folklore non par son ancienneté, son anonymat ou son appartenance au peuple au sens romantique, mais par son fonctionnement dans une situation de communication.
Cette orientation est décisive pour les contes merveilleux. Elle invite à lire une version non seulement comme un récit avec des épisodes, mais aussi comme une parole adressée à un groupe. Le conte devient un acte social, une forme d’art verbal, une manière de transmettre, de divertir, d’évaluer, de commenter ou de partager une mémoire commune.
2. Pourquoi lire Dan Ben-Amos pour comprendre les contes merveilleux ?
Dan Ben-Amos aide à comprendre que le conte merveilleux n’est pas seulement une histoire ancienne que l’on retrouve dans un recueil. Il est une communication. Quelqu’un raconte, un groupe écoute, reconnaît un genre, attend certains effets, juge la qualité de la narration et inscrit le récit dans une situation sociale.
Cette perspective donne une grande importance aux conditions concrètes de transmission : qui raconte ? à qui ? dans quel cadre ? pour quel usage ? avec quel degré de sérieux, de jeu, d’humour, de peur, d’enseignement ou de virtuosité ?
Un conte merveilleux peut alors être lu comme une forme d’art social. Il mobilise une trame narrative, mais aussi une relation de groupe. Les formules, les répétitions, les chants, les énigmes, les épisodes attendus et les variations prennent sens dans cette relation.
Lire un conte avec Dan Ben-Amos, c’est se demander comment une histoire devient folklore dans une situation de parole partagée.
3. Le folklore comme communication artistique
La définition la plus célèbre de Dan Ben-Amos présente le folklore comme une communication artistique dans de petits groupes. Cette définition est brève, mais elle change profondément la manière d’aborder les contes.
Chaque terme compte. Le folklore est une communication : il suppose des personnes en relation. Il est artistique : il implique une forme, une manière de dire, une compétence expressive, un plaisir de la parole. Il se développe dans de petits groupes : famille, voisinage, veillée, cercle d’enfants, groupe de travail, communauté locale, milieu professionnel ou religieux.
| Terme de la définition | Conséquence pour les contes merveilleux |
|---|---|
| Communication | Le conte relie conteur, conteuse, auditoire, mémoire et situation. |
| Artistique | Le conte est jugé aussi sur sa manière d’être raconté : rythme, formules, voix, suspense, humour, efficacité. |
| Petit groupe | Le conte prend sens dans un cercle de relations où les attentes et les références sont partagées. |
| Contexte | La même intrigue peut produire des effets différents selon le lieu, le moment, le public et l’usage social. |
Cette définition permet de sortir d’une lecture trop abstraite du conte. Une version écrite conserve une organisation narrative, mais elle a souvent perdu une partie de la situation sociale qui faisait vivre le récit.
4. Le contexte au centre de l’analyse
Dan Ben-Amos est l’un des grands représentants du déplacement vers le contexte dans les études folkloriques. Le récit ne doit pas être séparé de la situation où il circule.
Pour les contes merveilleux, cette attention au contexte invite à poser plusieurs questions :
- le conte a-t-il été raconté en famille, en veillée, à l’école, dans une collecte, sur scène ou dans un livre ?
- le public était-il composé d’enfants, d’adultes, de voisins, de spécialistes, de visiteurs ou de membres d’une même communauté ?
- le conte était-il attendu comme divertissement, enseignement, démonstration de mémoire, jeu verbal ou récit patrimonial ?
- le conteur ou la conteuse était-il reconnu comme bon narrateur ou bonne narratrice ?
- les auditeurs connaissaient-ils déjà le conte ?
- la version a-t-elle été transcrite fidèlement, résumée, traduite ou littérarisée ?
Le contexte ne remplace pas l’analyse du récit. Il l’enrichit. Il permet de comprendre pourquoi un épisode est accentué, pourquoi une formule revient, pourquoi une scène est atténuée, durcie, comique ou solennelle.
5. Le petit groupe : famille, veillée, voisinage, communauté
Dan Ben-Amos insiste sur le rôle du petit groupe. Le folklore vit dans des espaces où les personnes partagent des références, des habitudes, des attentes et parfois une mémoire commune des récits.
Le conte merveilleux se prête particulièrement à cette approche. Beaucoup de versions ont été racontées dans des contextes de proximité : maisons, veillées, travaux collectifs, rencontres de voisinage, rassemblements familiaux, communautés rurales ou groupes d’enfants.
| Petit groupe | Effet possible sur le conte |
|---|---|
| Famille | Le conte peut transmettre des peurs, des interdits, des modèles de conduite, des plaisirs partagés. |
| Veillée | Le conte peut devenir démonstration de mémoire, art de tenir l’auditoire et plaisir collectif. |
| Groupe d’enfants | Les répétitions, les formules et les peurs maîtrisées prennent une force particulière. |
| Communauté villageoise | Le récit peut faire écho à des relations sociales, des métiers, des âges de la vie, des tensions locales. |
| Collecte ethnographique | Le conte devient aussi réponse à une demande de collecteur, avec une situation de parole particulière. |
Le petit groupe n’est donc pas un simple décor. Il participe à la valeur du conte, à sa circulation et à sa mémorisation.
6. Conte, genre et reconnaissance
Dan Ben-Amos a aussi travaillé sur les genres folkloriques. Il rappelle que les catégories comme conte, légende, mythe, proverbe, devinette, chanson ou plaisanterie ne sont pas seulement des étiquettes savantes. Elles correspondent aussi à des attentes sociales et à des formes de communication.
Le conte merveilleux est un genre reconnaissable par plusieurs traits : éloignement temporel ou spatial, épreuves, êtres merveilleux, objets puissants, transformations, interdits, auxiliaires, quête, réparation finale. Mais ces traits n’agissent pleinement que si l’auditoire sait les entendre comme appartenant au monde du conte.
La reconnaissance du genre oriente l’écoute. Le public accepte alors que l’animal parle, que l’objet agisse, que le mort conseille, que la métamorphose survienne, que le plus faible réussisse, que l’épreuve soit répétée trois fois et que la fin répare un désordre initial.
Avec Dan Ben-Amos, le genre n’est pas seulement une classification. C’est une manière pour un groupe de savoir comment écouter.
7. La tradition comme processus, non comme objet figé
Dan Ben-Amos a beaucoup réfléchi à la notion de tradition. Dans les études de folklore, la tradition a souvent été pensée comme un héritage ancien, transmis de génération en génération. Dan Ben-Amos invite à la considérer aussi comme un processus actif.
Une tradition ne vit pas seulement parce qu’elle se conserve. Elle vit parce qu’elle est reprise, reconnue, adaptée, réactualisée et jugée pertinente par un groupe. Cette idée est très utile pour les contes merveilleux.
Une version de conte peut conserver des motifs anciens tout en répondant à une situation nouvelle. Un conteur peut reprendre une trame connue, mais en modifier le rythme, la tonalité, l’insistance ou la conclusion. Une communauté peut garder un récit parce qu’il continue à produire du sens.
La tradition apparaît alors comme une activité. Les contes merveilleux ne sont pas seulement des objets hérités. Ils sont des récits que des groupes continuent à faire fonctionner.
8. Texte et contexte : un débat central
L’une des grandes questions soulevées par Dan Ben-Amos concerne le rapport entre texte et contexte. Les folkloristes ont longtemps collecté des récits sous forme de textes. Cette pratique reste indispensable. Mais le texte seul peut donner une image incomplète du folklore.
Pour les contes merveilleux, cela signifie qu’une version transcrite doit être lue à deux niveaux :
| Niveau d’analyse | Question à poser |
|---|---|
| Texte | Quels épisodes, motifs, personnages, objets, interdits et épreuves composent la version ? |
| Contexte | Qui raconte, dans quelle situation, devant quel groupe, avec quelle fonction sociale ? |
| Genre | Comment le récit est-il reconnu comme conte, légende, plaisanterie, récit de croyance ou autre forme ? |
| Usage | Le récit divertit-il, avertit-il, instruit-il, éprouve-t-il, fait-il rire, fait-il peur ? |
Cette double lecture permet de conserver la précision du travail sur les versions tout en réintroduisant la vie sociale de la parole.
9. Sweet Words : les événements de narration au Bénin
Dans Sweet Words: Storytelling Events in Benin, Dan Ben-Amos étudie des événements de narration dans le monde edo du Bénin. L’intérêt de cet ouvrage est de montrer concrètement comment les récits s’inscrivent dans des situations sociales et culturelles précises.
Le récit oral n’y est pas seulement un texte que l’on peut extraire et publier. Il est pris dans des relations : conteur, auditeurs, moment de la narration, normes du groupe, plaisir de la parole, reconnaissance de la compétence narrative.
Cette perspective peut être appliquée aux contes merveilleux sans transposer mécaniquement les contextes. Elle rappelle simplement que tout conte recueilli vient d’un monde de parole. Même lorsque ce monde n’est plus documenté, le lecteur peut garder en mémoire que la version écrite provient d’un acte social de narration.
10. Les contes merveilleux comme communication artistique
Appliquer Dan Ben-Amos aux contes merveilleux conduit à les lire comme des communications artistiques. Cela signifie que le récit est porteur d’une forme, d’un style, d’un effet et d’une relation au public.
Le caractère artistique du conte peut apparaître dans :
- les formules d’ouverture et de clôture ;
- la progression par trois épreuves ;
- les dialogues rituels ;
- les chansons ou formulettes ;
- les reprises qui créent l’attente ;
- les contrastes entre frères, sœurs, belles-mères, vieux et jeunes ;
- les scènes d’effroi ou de comique ;
- la manière de différer la reconnaissance finale.
Ces éléments ne servent pas seulement à organiser l’intrigue. Ils permettent au conte de fonctionner comme parole efficace devant un groupe.
11. Le conteur, le public et l’évaluation du récit
Dans l’approche de Dan Ben-Amos, l’auditoire joue un rôle essentiel. Une communication artistique suppose une réception. Le public écoute, reconnaît, apprécie, juge, mémorise, compare parfois avec d’autres versions.
Le conteur ou la conteuse ne raconte donc pas dans l’indifférence. Il ou elle doit tenir compte des attentes du groupe : durée acceptable du récit, niveau de détail, degré de peur, place du rire, importance des formules, connaissance préalable des épisodes.
| Relation conteur-public | Effet sur le conte |
|---|---|
| Public connaissant déjà l’histoire | L’intérêt porte moins sur la surprise que sur la manière de raconter. |
| Public enfantin | Les répétitions, les formules et la peur maîtrisée peuvent être accentuées. |
| Public adulte | Les sous-entendus sociaux, sexuels, moraux ou ironiques peuvent être plus présents. |
| Public de veillée | La mémoire collective, les commentaires implicites et le plaisir d’écoute jouent un rôle fort. |
| Public de collecte | La présence du collecteur peut modifier le choix du conte, le style ou le degré d’explication. |
La qualité d’un conte ne dépend donc pas seulement de la trame. Elle dépend aussi de son efficacité dans une relation d’écoute.
12. La question des genres folkloriques
Dan Ben-Amos a dirigé Folklore Genres, ouvrage important pour penser les genres dans les études folkloriques. La question du genre est particulièrement utile pour distinguer les formes de récit oral.
Un conte merveilleux ne fonctionne pas comme une légende, un mythe, une anecdote, une plaisanterie ou un proverbe. Il installe un autre rapport à la vérité, au temps, au possible et à l’impossible.
| Genre | Rapport au récit | Différence avec le conte merveilleux |
|---|---|---|
| Conte merveilleux | Récit situé dans un ailleurs narratif, avec épreuves, merveilleux, transformations et réparation finale. | Il repose sur l’acceptation d’un monde où l’impossible devient opératoire. |
| Légende | Récit plus fortement lié à un lieu, à une croyance ou à une possibilité de vérité. | Elle demande souvent une autre posture d’écoute, plus proche du témoignage ou de la croyance. |
| Mythe | Récit d’origine ou récit fondateur, souvent lié à des puissances premières. | Il explique ou fonde un ordre du monde, là où le conte travaille plutôt la transformation d’un destin individuel ou familial. |
| Proverbe | Formule brève, condensée, mobilisée dans une situation sociale. | Il peut apparaître dans le conte, mais il n’organise pas à lui seul une intrigue merveilleuse. |
| Devinette | Jeu verbal, épreuve d’intelligence, reconnaissance d’un savoir partagé. | Elle peut devenir motif de conte lorsqu’elle engage le destin d’un personnage. |
Cette attention aux genres aide à comprendre pourquoi tous les récits traditionnels ne doivent pas être lus de la même manière.
13. Folklore, art verbal et petits faits de parole
Dan Ben-Amos élargit la notion de folklore. Le folklore n’est pas seulement constitué de grands récits, de vieilles légendes ou de contes merveilleux. Il comprend aussi des proverbes, plaisanteries, devinettes, formules, jeux verbaux, chants, dictons, récits brefs et usages de parole.
Cette idée est importante pour les contes merveilleux, car un conte contient souvent plusieurs formes folkloriques enchâssées :
- une chanson qui révèle une vérité ;
- une devinette posée au héros ;
- une formule magique répétée ;
- un proverbe intégré au récit ;
- un dialogue rituel avec un animal ;
- une parole de malédiction ou de bénédiction ;
- une formule finale qui ferme le conte.
Le conte merveilleux peut donc être lu comme une forme complexe où plusieurs arts de la parole se rencontrent.
14. Ce que Dan Ben-Amos change dans la lecture des collectes
Les collectes de contes populaires ont souvent extrait les récits de leur contexte vivant pour les présenter sous forme de textes. Cette opération a rendu possible la comparaison, le classement et la conservation. Elle a aussi effacé une partie de la situation de narration.
Une lecture inspirée par Dan Ben-Amos conduit à interroger les recueils :
- le collecteur indique-t-il le nom du conteur ou de la conteuse ?
- le lieu et la date de la collecte sont-ils connus ?
- le public présent est-il mentionné ?
- le récit a-t-il été raconté spontanément ou à la demande ?
- la langue d’origine a-t-elle été conservée ?
- les formules, les chants, les gestes ou les commentaires ont-ils été notés ?
- la version publiée est-elle une transcription, une traduction, un résumé ou une réécriture ?
Ces questions ne diminuent pas la valeur des recueils. Elles permettent de mieux comprendre ce que l’on lit : un texte issu d’une communication orale, plus ou moins documentée.
La collecte transforme le conte en document. L’approche de Dan Ben-Amos aide à retrouver, derrière ce document, la situation de parole dont il provient.
15. Applications aux grands motifs merveilleux
Les outils de Dan Ben-Amos peuvent éclairer de nombreux motifs merveilleux lorsque l’on s’intéresse à leur fonctionnement dans une communication de groupe.
| Motif du conte | Lecture possible avec Dan Ben-Amos |
|---|---|
| La chambre interdite | Observer comment l’interdit est présenté au public et comment l’attente de la transgression est partagée. |
| L’ogre ou le géant | Étudier la manière dont la peur est construite comme effet collectif de narration. |
| L’animal parlant | Lire la parole animale comme forme reconnue du genre merveilleux, acceptée par l’auditoire. |
| Les trois épreuves | Comprendre la répétition comme une structure attendue qui organise la participation mentale du public. |
| La fuite magique | Observer comment le rythme et la répétition produisent une tension partagée. |
| Le chant révélateur | Lire le chant comme une forme d’art verbal insérée dans le récit. |
| Le nom inconnu | Comprendre l’énigme du nom comme jeu de savoir entre personnage, conteur et auditoire. |
| La fausse fiancée | Observer la reconnaissance finale comme scène publique où le groupe valide la vérité. |
| Cendrillon | Étudier l’apparition publique, l’épreuve de reconnaissance et la façon dont le statut est validé par la communauté. |
| Le Petit Chaperon rouge | Observer comment la formule dialoguée, la peur et la complicité avec l’auditoire font fonctionner le récit. |
16. Ce que Dan Ben-Amos apporte à la lecture des contes merveilleux
L’apport de Dan Ben-Amos devient très concret dès que l’on cherche à comprendre le conte comme folklore vivant.
| Question de lecture | Éclairage inspiré par Dan Ben-Amos |
|---|---|
| Pourquoi le contexte de narration compte-t-il ? | Parce que le conte est une communication située entre un narrateur et un groupe. |
| Pourquoi les formules sont-elles importantes ? | Parce qu’elles signalent un genre, organisent l’écoute et manifestent une compétence artistique. |
| Pourquoi comparer texte et situation de collecte ? | Parce qu’une version écrite conserve le récit mais peut effacer la relation sociale qui l’a produit. |
| Pourquoi les genres folkloriques doivent-ils être distingués ? | Parce qu’un conte, une légende, un mythe ou une plaisanterie ne créent pas les mêmes attentes d’écoute. |
| Pourquoi le public est-il important ? | Parce qu’il reconnaît, évalue et partage la valeur artistique de la narration. |
| Pourquoi la tradition n’est-elle pas figée ? | Parce qu’elle se maintient par des reprises, des adaptations et des usages dans des groupes concrets. |
17. Approches voisines : Bauman, Dundes, Hymes, Zumthor, Ong
Dan Ben-Amos dialogue avec plusieurs grands noms des études folkloriques, de l’oralité et de la performance.
| Auteur | Éclairage principal | Différence avec Dan Ben-Amos |
|---|---|---|
| Richard Bauman | Art verbal comme performance, cadrage, compétence du performer, événement narratif. | Richard Bauman développe l’analyse de la performance ; Dan Ben-Amos formule plus largement le folklore comme communication artistique en contexte. |
| Alan Dundes | Analyse structurale, motifs, symboles, interprétation du folklore. | Alan Dundes cherche souvent les structures et significations profondes ; Dan Ben-Amos met d’abord l’accent sur le contexte communicationnel. |
| Dell Hymes | Ethnographie de la communication, ethnopoétique, organisation des récits oraux. | Dell Hymes analyse finement la forme poétique des récits transcrits ; Dan Ben-Amos insiste sur la définition sociale du folklore comme communication. |
| Paul Zumthor | Voix, présence, performance, réception. | Paul Zumthor pense la voix comme présence sensible ; Dan Ben-Amos pense le folklore comme acte artistique dans un groupe. |
| Walter J. Ong | Oralité, écriture, mémoire, cultures orales et cultures écrites. | Walter J. Ong propose une grande théorie des effets de l’oralité et de l’écriture ; Dan Ben-Amos travaille sur les situations concrètes de communication folklorique. |
| Geneviève Calame-Griaule | Ethnolinguistique, parole située, gestes narratifs, performance du conte. | Geneviève Calame-Griaule part de terrains africains et d’une attention à la langue ; Dan Ben-Amos propose une définition générale du folklore en contexte. |
18. Limites et points de prudence
Dan Ben-Amos est très utile pour penser les contes merveilleux comme folklore vivant, mais son approche doit être utilisée avec quelques précautions.
- Ne pas faire de Dan Ben-Amos un spécialiste exclusif du conte merveilleux. Son œuvre porte sur le folklore en général, les genres, le contexte, le folklore juif, le folklore africain et l’histoire de la discipline.
- Ne pas remplacer l’analyse des versions. Le contexte est essentiel, mais il faut continuer à étudier précisément les motifs, les structures narratives, les variantes et les contes-types.
- Ne pas inventer un contexte absent. Beaucoup de collectes anciennes ne donnent pas assez d’informations sur la situation de narration. Il faut distinguer ce que l’on sait, ce que l’on déduit et ce que l’on ignore.
- Ne pas réduire le folklore au petit groupe traditionnel. Les formes de circulation changent avec l’école, le livre, la scène, les médias et le numérique.
- Ne pas opposer brutalement texte et contexte. Le texte reste indispensable pour comparer les versions. Le contexte permet de comprendre comment le texte a fonctionné comme parole.
- Ne pas oublier la dimension esthétique. Chez Dan Ben-Amos, le folklore n’est pas seulement social : il est aussi artistique.
Le bon usage de Dan Ben-Amos consiste à lire chaque conte comme une version textuelle et comme la trace d’une communication artistique située.
19. En résumé
Dan Ben-Amos est une référence majeure pour comprendre le folklore en contexte. Sa définition du folklore comme communication artistique dans de petits groupes permet de lire les contes merveilleux autrement que comme de simples textes anciens.
Pour les contes merveilleux, son apport est décisif : il rappelle qu’un conte est raconté, reçu, reconnu, évalué et transmis dans une relation sociale. Les formules, les répétitions, les genres, les variantes et les effets de narration prennent sens dans cette communication.
Lire les contes avec Dan Ben-Amos, c’est replacer le merveilleux dans une situation de parole. Les fées, les ogres, les animaux parlants, les objets magiques, les chambres interdites, les épreuves et les reconnaissances finales ne sont pas seulement des motifs. Ils sont des éléments d’un art verbal partagé par un groupe.
20. Sources et liens utiles
Sources principales
- Dan Ben-Amos, « Toward a Definition of Folklore in Context », Journal of American Folklore, vol. 84, n° 331, 1971, p. 3-15.
- Dan Ben-Amos et Kenneth S. Goldstein dir., Folklore: Performance and Communication, La Haye, Mouton, 1975.
- Dan Ben-Amos, Sweet Words: Storytelling Events in Benin, Philadelphie, Institute for the Study of Human Issues, 1975.
- Dan Ben-Amos dir., Folklore Genres, Austin, University of Texas Press, 1976.
- Dan Ben-Amos, Folklore in Context: Essays, New Delhi / Madras, South Asian Publishers, 1982.
- Dan Ben-Amos, « The Idea of Folklore: An Essay », dans Issachar Ben-Ami et Joseph Dan dir., Studies in Aggadah and Jewish Folklore, Jérusalem, Magnes Press, 1983.
- Dan Ben-Amos, « The Seven Strands of Tradition: Varieties in Its Meaning in American Folklore Studies », Journal of Folklore Research, vol. 21, 1984, p. 97-131.
- Dan Ben-Amos, « Context in Context », Western Folklore, vol. 52, 1993, p. 209-226.
- Dan Ben-Amos, « The Name Is the Thing », Journal of American Folklore, vol. 111, 1998, p. 257-280.
- Dan Ben-Amos, Folklore Concepts: Histories and Critiques, éd. Henry Glassie et Elliott Oring, Bloomington, Indiana University Press, 2020.
Liens utiles
- American Folklore Society – Dan Ben-Amos, 1934-2023
- University of Pennsylvania Almanac – Dan Ben-Amos
- University of Pennsylvania – « Toward a Definition of Folklore in Context »
- Indiana University Press – Folklore Concepts
- University of Texas Press – Folklore Genres
- JSTOR – Folklore Concepts: Histories and Critiques
- Dan Ben-Amos, « A Definition of Folklore: A Personal Narrative »
- Simon J. Bronner, « Dan Ben-Amos (1934-2023) »
Note pour le lecteur : cette fiche présente Dan Ben-Amos à partir de ce que son œuvre apporte à la lecture des contes merveilleux : attention au folklore comme communication artistique, au contexte de narration, au petit groupe, aux genres oraux, à la tradition comme processus, aux rapports entre texte et contexte, et à la manière dont un conte devient un événement de parole partagé.