Vladimir Propp – Morphologie du conte
Structure du conte merveilleux, fonctions narratives et grammaire du récit
Morphologie du conte, publié en russe en 1928, est l’un des livres décisifs de la théorie du conte merveilleux. Propp y propose de décrire le conte par ses formes internes : les actions accomplies par les personnages, leur ordre d’apparition, leur articulation dans une séquence stable.
La méthode repose sur une distinction simple et forte. Les personnages changent : tsar, princesse, dragon, sorcière, cheval, vieille femme, animal secourable. Les actions qui font progresser le conte se répètent avec une régularité remarquable. Propp nomme ces actions des fonctions. La fonction devient l’unité fondamentale de l’analyse.
Le problème de départ : décrire avant d’expliquer l’origine
Propp part d’un constat critique. Les études sur les contes ont longtemps cherché des origines : origine indienne, origine mythologique, origine rituelle, migration d’un conte d’un peuple à l’autre. Ces recherches restent fragiles tant que l’objet à comparer n’a pas été décrit avec précision.
Sa question devient donc plus élémentaire : de quoi un conte merveilleux est-il fait ? Quels sont ses composants stables ? Comment ces composants se succèdent-ils ? Que faut-il comparer lorsque deux versions semblent proches : les personnages, les motifs visibles, les épisodes, les actions, l’ordre des actions ?
Cette exigence explique le terme de « morphologie ». Dans les sciences naturelles, la morphologie décrit les parties d’un organisme et leurs rapports. Propp applique cette idée au conte : le récit possède des parties, une organisation, des relations internes, une forme générale.
- Avant Propp : le motif, le thème ou le conte-type servent souvent d’unités principales.
- Chez Propp : l’action du personnage, définie par sa fonction dans le récit, devient l’unité décisive.
- Conséquence : la comparaison porte sur la structure narrative, pas seulement sur la ressemblance des personnages ou des objets.
Le corpus : les contes merveilleux d’Afanassiev
Propp ne prétend pas analyser tous les récits populaires. Son terrain principal est le conte merveilleux russe, tel qu’il apparaît dans la grande collection d’Alexandre Afanassiev. Dans l’édition anglaise, le corpus est présenté comme correspondant aux contes merveilleux Aarne-Thompson 300-749, avec cent récits étudiés en détail.
Ce choix répond à une contrainte méthodologique. Propp cherche les fonctions connues du conte merveilleux. Dès lors que l’analyse de nouveaux récits n’ajoute plus de fonctions nouvelles, l’accumulation de textes peut s’arrêter. La question porte moins sur la quantité des versions que sur la qualité de la description.
| Élément du corpus | Choix de Propp | Conséquence |
|---|---|---|
| Type de récits | Contes merveilleux. | La morphologie ne s’applique pas automatiquement aux contes d’animaux, contes facétieux ou légendes. |
| Classification de départ | Contes Aarne-Thompson 300-749. | Le corpus est reconnu par la typologie internationale, mais la méthode vise une description structurale. |
| Collection principale | Contes russes d’Afanassiev. | Les matériaux sont russes, mais beaucoup de contes appartiennent à des types internationaux. |
| Nombre de récits analysés | Cent contes. | L’échantillon suffit selon Propp dès lors que les fonctions se répètent sans nouveauté structurelle. |
La fonction : unité fondamentale de la morphologie
La fonction est définie comme l’action d’un personnage considérée du point de vue de son importance pour le déroulement du récit. L’identité du personnage varie. La fonction reste stable.
Propp donne des exemples simples. Un tsar donne un aigle au héros, un vieillard lui donne un cheval, un sorcier lui donne un petit bateau, une princesse lui donne un anneau. Les personnages, les objets et les images changent. La structure reste la même : le héros reçoit un moyen qui le transporte vers un autre royaume.
| Élément variable | Élément stable | Lecture morphologique |
|---|---|---|
| Le donateur peut être une vieille femme, un animal, un mort, un père, un prisonnier. | Le héros reçoit un moyen magique. | Fonction F : réception d’un agent magique. |
| L’adversaire peut être dragon, ogre, sorcière, diable, belle-mère, faux héros. | Un dommage ou un manque provoque l’action. | Fonction A ou a : méfait ou manque. |
| Le signe de reconnaissance peut être bague, mouchoir, langues du dragon, blessure, vêtement. | Le héros véritable est reconnu. | Fonction Q : reconnaissance. |
Une action identique peut avoir deux valeurs différentes selon sa place. Donner de l’argent au début du récit pour acheter un auxiliaire et donner de l’argent comme récompense finale ne relèvent pas de la même fonction.
Les quatre thèses méthodologiques
La méthode de Propp s’organise autour de quatre thèses. Elles donnent à la Morphologie sa portée théorique.
| Thèse | Formulation | Conséquence pour l’analyse |
|---|---|---|
| 1 | Les fonctions sont les éléments stables du conte. | On compare les actions structurantes plutôt que les personnages ou les décors. |
| 2 | Le nombre de fonctions connues du conte merveilleux est limité. | La variété apparente des contes repose sur un nombre restreint d’opérations narratives. |
| 3 | La succession des fonctions est toujours identique. | Les fonctions absentes ne bouleversent pas l’ordre des fonctions présentes. |
| 4 | Tous les contes merveilleux relèvent d’un même type structural. | Les différences de sujets et de motifs se déploient sur un axe commun. |
Cette dernière thèse est la plus forte. Propp ne nie pas les différences de versions, de traditions et de motifs. Il affirme qu’au niveau morphologique, le conte merveilleux présente une unité structurale.
Les trente et une fonctions du conte merveilleux
Propp énumère les fonctions dans l’ordre imposé par le conte lui-même. Toutes ne sont pas présentes dans chaque récit. Lorsqu’une fonction manque, les autres conservent leur ordre relatif.
- Éloignement : un membre de la famille s’absente.
- Interdiction : une défense ou une consigne est formulée.
- Transgression : l’interdiction est violée.
- Reconnaissance par l’adversaire : le méchant cherche une information.
- Information : le méchant obtient le renseignement recherché.
- Tromperie : le méchant tente de duper sa victime.
- Complicité involontaire : la victime se laisse tromper.
- Méfait : le méchant cause un dommage.
- Manque : un objet, une personne ou une situation fait défaut.
- Médiation : le malheur ou le manque est connu, le héros est sollicité ou autorisé à partir.
- Début de l’action contraire : le héros accepte ou décide d’agir.
- Départ : le héros quitte la maison.
- Première fonction du donateur : le héros est testé, interrogé ou attaqué.
- Réaction du héros : il répond à l’épreuve du donateur.
- Réception du moyen magique : il reçoit un objet, un animal, un auxiliaire ou un pouvoir.
- Déplacement : le héros est transporté ou guidé vers le lieu recherché.
- Combat : le héros affronte le méchant.
- Marque : le héros reçoit un signe distinctif.
- Victoire : le méchant est vaincu.
- Réparation : le méfait ou le manque est supprimé.
- Retour : le héros revient.
- Poursuite : le héros est poursuivi.
- Secours : il échappe à la poursuite.
- Arrivée incognito : il arrive sans être reconnu.
- Prétentions mensongères : un faux héros revendique l’exploit.
- Tâche difficile : une épreuve supplémentaire est imposée.
- Accomplissement : la tâche est résolue.
- Reconnaissance : le héros véritable est reconnu.
- Découverte : le faux héros ou le méchant est démasqué.
- Transfiguration : le héros reçoit une nouvelle apparence ou un nouveau statut visible.
- Punition : le faux héros ou le méchant est puni.
- Mariage et accession au trône : le héros épouse la princesse, reçoit le royaume ou obtient une compensation équivalente.
La liste comprend trente et une fonctions numérotées chez Propp, mais le méfait et le manque sont souvent présentés comme deux entrées alternatives au même point de la complication. Dans une présentation pédagogique, les distinguer aide à comprendre deux grands départs possibles : dommage subi ou objet désiré.
La complication : méfait, manque, médiation, départ
Le cœur dynamique du conte commence avec un méfait ou un manque. Le méfait vient de l’extérieur : enlèvement, vol, blessure, sortilège, expulsion, substitution, meurtre, menace de mariage forcé ou de dévoration. Le manque part d’une absence ressentie : épouse, cheval, eau, pommes, oiseau merveilleux, objet magique, remède.
Le méfait et le manque ont la même conséquence morphologique. Ils ouvrent une quête. Le récit fait connaître la situation, désigne ou fait apparaître le héros, puis provoque le départ.
- Méfait : le dragon enlève une princesse, une belle-mère chasse une jeune fille, un voleur prend un objet magique.
- Manque : le roi désire l’oiseau de feu, l’eau de vie, un cheval merveilleux, une fiancée introuvable.
- Médiation : la nouvelle du malheur circule, un appel est lancé, le héros reçoit une mission.
- Départ : le héros quitte l’espace familial et entre dans l’espace des épreuves.
Cette logique rend visible un trait essentiel du conte merveilleux. L’aventure naît d’une rupture dans l’ordre initial : perte, absence, désir, dommage ou menace.
Le donateur et l’objet magique
Après le départ, le héros rencontre souvent un donateur. Cette figure prépare la transmission du moyen magique. Le donateur peut tester le héros, lui demander un service, l’interroger, l’attaquer, implorer sa pitié ou lui présenter une difficulté.
La réaction du héros détermine l’obtention ou non de l’aide. Le héros poli, généreux, courageux ou attentif reçoit un objet, un animal, un conseil, une formule, une monture ou un auxiliaire. Le héros brutal, impatient ou méprisant échoue souvent.
| Épisode | Fonction | Effet narratif |
|---|---|---|
| La vieille femme interroge le héros. | Première fonction du donateur. | Vérifier la qualité du héros. |
| Le héros répond avec respect ou rend service. | Réaction du héros. | Il réussit l’épreuve préparatoire. |
| Le héros reçoit un cheval, une bague, une boule, une formule. | Réception du moyen magique. | Il possède désormais ce qui permet l’action impossible. |
Ce triptyque est l’un des apports les plus utiles de Propp. Il distingue l’auxiliaire comme personnage et l’aide comme fonction dans le déroulement du récit.
Combat, marque, victoire, réparation
Le combat occupe une place importante, mais il ne suffit pas à définir le conte merveilleux. L’affrontement avec le dragon, l’ogre, le diable ou le voleur prend sens dans une séquence plus large. Le héros combat parce qu’un dommage doit être réparé ou qu’un objet doit être obtenu.
La marque du héros est un élément souvent décisif. Elle peut prendre la forme d’une blessure, d’un anneau, d’un mouchoir, de langues coupées au dragon, d’un signe corporel ou d’un objet remis par la princesse. Ce signe prépare la reconnaissance finale.
- Combat : le héros affronte l’adversaire.
- Marque : un signe distingue le héros véritable.
- Victoire : l’adversaire est vaincu.
- Réparation : la princesse est délivrée, l’objet est obtenu, le manque est comblé.
Propp permet donc de ne pas isoler la lutte. La lutte est une opération parmi d’autres. Elle devient lisible lorsqu’elle est reliée au méfait initial, à la réparation et à la reconnaissance.
Retour, poursuite, arrivée incognito et faux héros
Après la réparation, le récit peut se prolonger. Le héros revient, mais le retour n’est pas toujours simple. Il peut être poursuivi, secouru, arriver sans être reconnu, puis être concurrencé par un faux héros. Cette seconde partie du conte joue souvent sur le retard de la reconnaissance.
Le faux héros est l’un des mécanismes les plus importants de la seconde moitié. Il revendique l’exploit, occupe une place qui n’est pas la sienne, prépare un mariage frauduleux ou bénéficie d’un mensonge. Le héros véritable doit alors être reconnu par des preuves.
| Fonction | Scène typique | Enjeu |
|---|---|---|
| Retour | Le héros quitte l’autre monde ou le lieu de l’exploit. | Rapatrier le bien obtenu. |
| Poursuite et secours | La sorcière, le dragon ou l’adversaire tente de le rejoindre. | Fermer définitivement le passage dangereux. |
| Arrivée incognito | Le héros arrive pauvre, méconnu, déguisé ou relégué. | Créer un écart entre exploit réel et statut apparent. |
| Faux héros | Un autre personnage réclame la récompense. | Mettre à l’épreuve la reconnaissance sociale de l’exploit. |
Les sept sphères d’action
Propp ne réduit pas le conte à une liste d’épisodes. Il observe que les fonctions se groupent autour de grandes sphères d’action. Ces sphères correspondent aux rôles narratifs majeurs.
| Sphère d’action | Fonctions caractéristiques | Exemples de personnages |
|---|---|---|
| Méchant | Méfait, combat, poursuite. | Dragon, ogre, sorcière, diable, belle-mère, brigand. |
| Donateur | Épreuve du héros, transmission du moyen magique. | Vieille femme, mort reconnaissant, animal, prisonnier, père défunt. |
| Auxiliaire | Transport, réparation, secours, résolution des tâches, transfiguration. | Cheval, oiseau, animal secourable, objet magique, serviteur surnaturel. |
| Princesse ou personne recherchée, avec son père | Tâche difficile, marque, reconnaissance, punition, mariage. | Princesse captive, fille du roi, roi donneur d’épreuves. |
| Mandateur | Envoi du héros. | Roi, père, mère, messager, vieillard, communauté menacée. |
| Héros | Départ, réaction, quête, victoire, mariage. | Chercheur, victime chassée, cadet, soldat, jeune fille persécutée. |
| Faux héros | Prétentions mensongères, échec ou démasquage. | Frère aîné, général imposteur, servante substituée, prétendant frauduleux. |
Une même figure peut occuper plusieurs sphères. Une sorcière peut être méchante dans un conte et donatrice dans un autre. Un animal peut être auxiliaire ou adversaire. La fonction prime sur l’identité apparente du personnage.
Les « mouvements » du conte
Propp appelle « mouvement » une séquence complète partant d’un méfait ou d’un manque et allant jusqu’à sa réparation. Certains contes comportent un seul mouvement. D’autres en combinent plusieurs.
Un premier mouvement peut libérer la princesse, mais un second méfait survient avant le mariage. Une épouse peut être perdue après avoir été obtenue. Un faux héros peut interrompre la reconnaissance. Le conte développe alors une nouvelle séquence partielle ou complète.
- Mouvement simple : manque ou méfait, quête, réparation, mariage.
- Mouvement répété : une nouvelle perte ou une nouvelle épreuve relance l’action.
- Mouvement emboîté : un épisode secondaire reprend en petit la structure de la quête principale.
- Combinaison de mouvements : plusieurs récits possibles se soudent dans un conte plus long.
Cette notion explique la longueur variable des contes. La structure ne se contente pas d’aligner des épisodes. Elle peut produire des expansions régulières.
Classification, thèmes et variantes
La Morphologie contient une critique des classifications fondées uniquement sur les thèmes. Un conte « sur le dragon », « sur la princesse », « sur trois frères » ou « sur un objet magique » peut partager sa structure avec des récits où ces éléments changent. Le thème visible ne suffit donc pas.
Propp ne supprime pas l’utilité des index Aarne-Thompson. Ils restent pratiques pour identifier les contes-types. Il déplace le critère d’analyse. La classification scientifique devrait prendre en compte les fonctions et leur enchaînement.
| Approche | Ce qu’elle repère | Limite |
|---|---|---|
| Classification par thème | Dragon, objet magique, épouse surnaturelle, trois frères, belle-mère. | Les mêmes éléments peuvent circuler entre plusieurs structures. |
| Classification par conte-type | Familles internationales de récits. | Les frontières peuvent rester approximatives entre types voisins ou combinés. |
| Analyse morphologique | Fonctions, ordre, sphères d’action, mouvements. | Elle décrit fortement la structure, mais dit moins sur les contextes de performance et de collecte. |
Ce que Propp change dans l’étude du conte merveilleux
La rupture apportée par Propp tient à la précision de la description. Il donne au conte merveilleux une grammaire. Cette grammaire ne remplace pas l’étude des motifs, des versions, des collecteur·rice·s ou des traditions locales. Elle fournit un niveau d’analyse supplémentaire.
- Le conte devient analysable comme système : les épisodes ne sont plus seulement des motifs juxtaposés.
- La variante devient lisible : un personnage peut changer sans modifier la fonction.
- Le récit reçoit une syntaxe : les fonctions se succèdent selon un ordre contraint.
- La comparaison gagne en rigueur : deux contes proches peuvent être comparés par leur séquence fonctionnelle.
- La poétique se précise : objet magique, auxiliaire, épreuve, retour et reconnaissance reçoivent une place dans l’architecture narrative.
Réception structuraliste : analyse syntagmatique et analyse paradigmatique
L’introduction d’Alan Dundes à l’édition anglaise de 1968 situe Propp dans l’histoire du structuralisme. Il distingue deux grandes manières d’analyser les récits. L’analyse de Propp suit l’ordre linéaire du texte : fonction après fonction, dans la séquence du récit. Dundes appelle cette méthode une analyse syntagmatique.
Lévi-Strauss travaille autrement sur les mythes. Il regroupe les éléments pour faire apparaître des oppositions et des médiations. Cette analyse est dite paradigmatique. Les deux approches ont parfois été confondues sous le mot « structuralisme », alors qu’elles ne portent pas sur le même niveau du récit.
| Approche | Principe | Auteur emblématique |
|---|---|---|
| Syntagmatique | Suivre la succession des éléments dans l’ordre du récit. | Propp. |
| Paradigmatique | Regrouper les éléments pour dégager des oppositions profondes. | Lévi-Strauss. |
Pour l’étude des contes merveilleux, cette distinction reste utile. Propp aide à décrire la chaîne narrative. D’autres approches peuvent ensuite étudier les oppositions symboliques, les valeurs sociales, les contextes de transmission ou les écotypes régionaux.
Limites de la méthode morphologique
La puissance de la méthode explique aussi ses limites. Propp isole le texte et sa structure. La performance, la voix du conteur ou de la conteuse, le lieu, la veillée, les conditions de collecte, le public, les usages sociaux du récit restent en arrière-plan.
- Corpus russe majoritaire : l’analyse part des contes d’Afanassiev, même si les types sont souvent internationaux.
- Focalisation sur le conte merveilleux : l’extension aux autres genres doit être vérifiée, non supposée.
- Risque de schématisation : une grille trop mécanique peut écraser les singularités poétiques d’une version.
- Faible attention au contexte : la situation de performance et les milieux sociaux sont peu décrits.
- Personnages traités par leurs fonctions : la richesse symbolique ou affective des figures demande d’autres niveaux d’analyse.
Pour l’étude des contes merveilleux, la morphologie peut servir de charpente. Elle gagne à être articulée avec la poétique des motifs, les données de collecte, les conteur·euse·s, les lieux, les versions et les contextes sociaux.
Intérêt direct pour l’étude des contes merveilleux
La Morphologie offre plusieurs usages concrets pour une documentation structurée sur les contes merveilleux.
- Lire les résumés autrement : repérer méfait, manque, départ, donateur, auxiliaire, combat, retour, reconnaissance.
- Comparer les versions d’un conte-type : observer quelles fonctions sont conservées, déplacées, réduites ou développées.
- Distinguer les rôles des personnages : ne pas confondre identité visible et fonction narrative.
- Analyser les objets magiques : les rattacher à leur rôle dans la séquence, pas seulement à leur apparence.
- Clarifier les épisodes additionnels : vérifier s’ils relancent un mouvement narratif ou s’ils colorent seulement une version.
- Enrichir la poétique : articuler structure, lieux de seuil, épreuves, transformations et reconnaissance finale.
Synthèse courte pour lecteur non spécialiste
Morphologie du conte cherche à montrer comment les contes merveilleux sont construits. Propp observe que les personnages changent beaucoup d’un récit à l’autre, mais que les actions importantes reviennent dans un ordre stable.
Il appelle ces actions des fonctions : interdiction, transgression, méfait, départ, épreuve du donateur, réception d’un objet magique, combat, victoire, retour, reconnaissance, mariage. Il en recense trente et une. Chaque conte ne les utilise pas toutes, mais les fonctions présentes gardent le même ordre.
Cette méthode donne une grammaire du conte merveilleux. Elle permet de comparer les versions, de distinguer les rôles narratifs et de comprendre pourquoi des contes très différents en apparence peuvent partager une même architecture.
Repères bibliographiques et liens vérifiés
Œuvres principales liées à la morphologie
- Vladimir Propp, Morphologie du conte, édition originale russe, 1928.
- Vladimir Propp, Morphology of the Folktale, traduction Laurence Scott, introduction Svatava Pirkova-Jakobson, 1958.
- Vladimir Propp, Morphology of the Folktale, seconde édition révisée, préface Louis A. Wagner, introduction Alan Dundes, University of Texas Press, 1968.
- Vladimir Propp, Les Transformations des contes merveilleux.
- Vladimir Propp, Theory and History of Folklore, Manchester University Press, 1984.