Marc’harit Fulup

Marc’harit Fulup – Marguerite Philippe

Conteuse, chanteuse et porteuse de tradition orale du Trégor

Connue sous son nom breton Marc’harit Fulup, Marguerite Philippe appartient aux grandes voix populaires recueillies par les folkloristes bretons du XIXe siècle. Pauvre, peu scolarisée, profondément enracinée dans le Trégor rural, elle a transmis un immense répertoire de chants, de complaintes, de récits et de contes merveilleux. Sa mémoire, son usage du breton et sa place dans une lignée familiale de chanteurs et de conteurs en font une figure majeure de la littérature orale de Basse-Bretagne.

Nom breton Marc’harit Fulup
Nom français Marguerite Philippe
Naissance 12 août 1837, à Pluzunet, près de Lannion
Décès 1909
Langue de transmission Breton du Trégor
Collecteurs associés François-Marie Luzel, Anatole Le Braz, Charles Le Goffic
Une femme du Trégor rural

Marc’harit Fulup naît à Pluzunet, dans le Trégor, au sein d’un milieu populaire très pauvre. Le livre de Guy Castel insiste sur la rudesse de son existence : habitat modeste, travail intermittent, dépendance à de petits revenus, déplacements à pied, marginalité sociale.

Elle appartient à un monde où la parole, le chant et la mémoire occupent une place essentielle. Dans les fermes, les veillées, les pardons, les pèlerinages et les visites de voisinage, les récits circulent encore oralement. Marc’harit Fulup s’inscrit dans cette société de transmission directe, avant la généralisation des médias modernes et de l’école francophone.

  • Elle vit principalement dans la région de Pluzunet et de Saint-Idunet.
  • Elle parle breton et ne semble pas maîtriser le français écrit.
  • Elle se situe dans un milieu où les tailleurs, fileuses, journaliers et pèlerins par procuration sont aussi des passeurs de nouvelles, de chants et de traditions.
Une mémoire exceptionnelle

Le trait dominant du portrait est la mémoire. Guy Castel, reprenant les témoignages des collecteurs, présente Marc’harit Fulup comme une femme capable de conserver et de restituer un très vaste répertoire oral.

François-Marie Luzel indique qu’à trente-huit ans elle connaissait environ 200 chants et 150 contes merveilleux et autres récits. Le chiffre donne la mesure de son importance : elle ne transmet pas seulement quelques histoires isolées, mais une part considérable de la mémoire orale du pays de Lannion et de Tréguier.

Sa mémoire n’est pas seulement quantitative. Les témoignages soulignent aussi une capacité à restituer les récits avec assurance, sans confusion notable, dans une langue bretonne vivante, rythmée par la diction, le chant et les formules traditionnelles.

Conteuse, chanteuse, dépositaire de traditions

Marc’harit Fulup n’est pas seulement une conteuse au sens étroit. Son répertoire associe plusieurs formes de littérature orale :

  • contes merveilleux ;
  • légendes locales ;
  • gwerzioù et complaintes ;
  • chants de travail ou de veillée ;
  • récits liés aux saints, aux fontaines, aux pardons et aux pratiques de guérison.

Cette pluralité est importante pour un site consacré aux contes merveilleux. Elle rappelle que le conte n’est pas isolé dans la culture orale : il voisine avec la chanson, la prière, la légende, la mémoire familiale, les récits de guérison et les traditions de pèlerinage.

Une tradition familiale

Le livre rattache la vocation de Marc’harit Fulup à son milieu familial. Sa mère, fileuse, chantait et racontait. Son père et son frère sont présentés comme des tailleurs, profession souvent associée à la circulation des nouvelles et des récits dans les campagnes, car les tailleurs travaillaient de maison en maison.

La conteuse apparaît ainsi comme l’héritière d’un réseau domestique et villageois de transmission. Les récits ne viennent pas d’un livre ni d’une formation savante. Ils proviennent de la parole entendue, reprise, mémorisée, adaptée et transmise.

Ses liens avec Luzel, Le Braz et Le Goffic

Marc’harit Fulup doit sa place dans l’histoire de la littérature orale bretonne aux collecteurs qui ont recueilli ou signalé ses récits et ses chants. François-Marie Luzel et Anatole Le Braz la considèrent comme une informatrice de première importance. Charles Le Goffic évoque également son répertoire, notamment un cahier de chants aujourd’hui difficile à retracer.

Ces collecteurs ont fixé par écrit une partie de ce qui, sans eux, serait probablement resté dans la circulation fragile de la mémoire orale. Mais le rôle premier revient à la conteuse : elle est la source vivante, celle qui possède, ordonne et restitue les récits.

Dans une présentation destinée au public, il est utile de faire apparaître cette chaîne : conteuse – collecteur – publication – transmission contemporaine. Le conte merveilleux disponible aujourd’hui sous forme imprimée ou numérique provient souvent d’une voix populaire dont le nom a longtemps été relégué au second plan.

Une figure entre conte, croyance et pèlerinage

Le portrait de Guy Castel montre aussi Marc’harit Fulup dans son rapport aux pratiques religieuses populaires. En raison de ses infirmités et de sa pauvreté, elle exerce notamment une activité de pèlerine par procuration : elle accomplit des déplacements, des prières ou des démarches votives pour le compte d’autrui.

Cette dimension éclaire le contexte culturel des récits merveilleux. Les contes, les légendes de saints, les fontaines guérisseuses, les pardons et les pratiques de dévotion appartiennent au même univers mental. Dans cet univers, les frontières entre récit, croyance, rite et expérience quotidienne sont poreuses.

Pour le lecteur contemporain, cet aspect permet de comprendre que la conteuse ne transmet pas seulement des fictions divertissantes. Elle porte une vision du monde où les forces invisibles, les promesses, les saints, les épreuves et les guérisons font partie de l’horizon culturel ordinaire.

Pourquoi elle compte pour l’étude des contes merveilleux

Marc’harit Fulup est importante pour l’étude des contes merveilleux à plusieurs titres.

  • Elle donne un visage aux sources orales. Derrière les recueils de contes, on retrouve des femmes et des hommes précis, situés socialement, géographiquement et linguistiquement.
  • Elle montre le rôle central des femmes dans la transmission. Fileuses, mères, voisines, chanteuses et conteuses conservent une part décisive du répertoire.
  • Elle relie conte et chanson. Le même milieu transmet des récits merveilleux, des ballades, des complaintes et des traditions locales.
  • Elle rappelle le rôle du breton. Les textes recueillis ne sont pas d’abord des textes français : ils proviennent d’une oralité bretonne, ensuite transcrite, traduite ou adaptée.
  • Elle oblige à penser la collecte. Le conte imprimé est le résultat d’une rencontre entre une voix populaire et un collecteur lettré.
Point de prudence pour une lecture actuelle

Le portrait de Guy Castel reprend des témoignages anciens et emploie parfois un vocabulaire marqué par son époque : pauvreté, infirmité, simplicité supposée, pittoresque rural. Pour une présentation contemporaine, il est préférable de conserver les faits utiles tout en évitant de reconduire sans distance les jugements sociaux ou les formules condescendantes.

Une formulation équilibrée consiste à présenter Marc’harit Fulup comme une femme pauvre, bretonnante, dépositaire d’un immense répertoire oral, plutôt que comme une curiosité folklorique. Sa valeur ne tient pas à son pittoresque, mais à son rôle dans la conservation et la transmission de la littérature orale bretonne.

Source principale de cette notice :
Guy Castel, Marc’harit Fulup. « La Cigale des Brumes », Bégard, Maison des jeunes et de la culture « Les Cahiers du Trégor », 1989. Notice rédigée à partir de la préface, des introductions de 1974 et 1989, et du chapitre « Portrait », p. 7-19 de l’édition numérisée consultée.