Nicole Belmont

Nicole Belmont

Poétique du conte, oralité, figuration et sens latent des récits merveilleux

Nicole Belmont occupe une place majeure dans les études françaises sur les contes de tradition orale. Son travail renouvelle l’approche du conte merveilleux en croisant anthropologie, folklore européen, psychanalyse, théorie de l’oralité et analyse poétique. Le conte y apparaît comme une œuvre orale, mobile, lacunaire, transmise par des voix, des mémoires, des images fortes et des variantes.

Son apport central tient à une idée directrice : le conte merveilleux possède une profondeur poétique que l’écriture, la classification ou l’adaptation littéraire tendent souvent à aplatir. Il faut partir des versions, de leurs écarts, de leurs images, de leurs silences, de leurs motifs parfois discontinus. Le sens du conte ne se donne pas seulement dans la suite des épisodes. Il circule dans les cendres, les chaussures, les peaux, les ogres, les avalements, les métamorphoses, les fragments de mythe et les lacunes que l’auditeur doit intérieurement travailler.

Nom Nicole Belmont.
Domaine principal Anthropologie, folklore européen, littérature orale, contes de tradition orale.
Institution Laboratoire d’anthropologie sociale, EHESS.
Ouvrage central Poétique du conte. Essai sur le conte de tradition orale, Gallimard, 1999.
Notions clés Oralité, écriture, version lacunaire, figuration, condensation, mythe latent, enfance, rêve.
Contes privilégiés Cendrillon, Peau d’Âne, La Fille du diable, La Petite fille qui cherche ses frères, Le Garçon paresseux, Petit Poucet.
Une anthropologie poétique du conte de tradition orale

Nicole Belmont travaille au croisement de l’ethnologie de l’Europe, de l’histoire du folklore, de l’anthropologie de la naissance et de l’étude des contes européens de tradition orale. Son intérêt porte moins sur la seule origine des récits que sur leurs modes d’élaboration, de transmission, de mémorisation et d’interprétation.

Dans cette perspective, le conte merveilleux est une œuvre de l’oralité. Il existe à travers des versions, des conteur·euse·s, des auditeur·rice·s et des situations de parole. L’écriture permet l’étude, la comparaison et la conservation. Elle transforme aussi profondément le récit, car elle le fixe, le ferme et lui impose une forme de plénitude étrangère à l’oralité.

  • Anthropologie : le conte est lié aux passages d’âge, à la parenté, à l’enfance, au mariage, au corps et à la séparation.
  • Poétique : les figures, images et motifs ne sont pas des ornements. Ils portent la substance du récit.
  • Oralité : la version racontée est toujours située, variable, ouverte, partiellement lacunaire.
  • Psychanalyse : le conte mobilise des mécanismes proches du rêve : figuration, condensation, déplacement, élaboration secondaire.
  • Mythe : la matière mythique peut apparaître dans les contes sous forme fragmentée, cryptée ou latente.
Poétique du conte : retrouver la force de l’oralité

Poétique du conte propose une réflexion d’ensemble sur les contes transmis de bouche à oreille. L’ouvrage part d’un double geste : faire découvrir un répertoire souvent masqué en France par la réussite littéraire de Perrault, puis comprendre le processus de création et de transmission propre à la culture orale.

Le livre donne une place importante aux collecteur·rice·s et aux corpus français : Luzel, Sébillot, Delarue, Tenèze, Massignon, Ariane de Félice, Millien, Perbosc, les collectes canadiennes, les variantes bretonnes, nivernaises, vendéennes ou gasconnes. Les contes sont étudiés comme œuvres de mémoire, d’images, d’itinéraires et de reprises.

Axe de l’ouvrage Ce qu’il apporte à l’étude du conte merveilleux
Oralité et écriture Le conte raconté et le conte transcrit n’ont pas le même statut. L’écrit conserve, mais il modifie.
Variabilité Chaque version est un état particulier d’un récit mémorisé et réactivé.
Conte et rêve Le récit merveilleux procède par images, condensations, déplacements et élaborations secondaires.
Conte et enfance Le conte mobilise des sources infantiles profondes, sans appartenir automatiquement à une littérature enfantine.
Conte et mythe La matière mythique n’est pas nécessairement un récit complet. Elle peut être fragmentaire, latente, cryptée.
Oralité et écriture : ce que la transcription conserve et ce qu’elle perd

Dans « L’écriture des contes », Belmont examine le passage du conte raconté au texte écrit. Ce passage entraîne des pertes concrètes : présence physique du conteur, voix, gestes, réactions de l’auditoire, interactions, rythme, intensité dramatique, adresse au public. Même les collecteur·rice·s attentif·ve·s, lorsqu’ils notent un geste ou une intonation, ne restituent qu’un fragment de la situation vivante.

Le texte écrit donne un objet stable à l’analyse. Cette stabilité a un coût. Le lecteur peut revenir en arrière, comparer, découper en mots et phrases. L’auditeur reçoit d’abord des images, des scènes, des itinéraires. La mémoire du conte ne se situe pas prioritairement au niveau des mots. Elle porte sur l’aventure, les étapes, les lieux, les rencontres, les images fortes.

Conte raconté Conte écrit Conséquence pour l’analyse
Voix, gestes, présence, auditoire. Texte fixé, phrases, paragraphes, ponctuation. La performance doit être pensée même lorsqu’elle n’est plus disponible.
Mémoire d’images et d’itinéraires. Suite verbale lisible et réversible. La lecture écrite doit retrouver la dynamique de l’aventure.
Version ouverte et variable. Version fermée, parfois normalisée. Plusieurs versions valent mieux qu’une version isolée.
Lacunes actives. Recherche de cohérence et de saturation. Les manques peuvent porter du sens, au lieu de signaler seulement une défaillance.

La conséquence méthodologique est nette : l’étude du conte merveilleux doit travailler sur des séries de versions. Une version unique, même belle, ne donne qu’un état local d’un récit mobile.

Version lacunaire, mémoire et remémoration

Belmont accorde une importance particulière aux versions apparemment lacunaires. Elles ne doivent pas être traitées seulement comme des versions défectueuses. Toute version de tradition orale est lacunaire, parce qu’elle est la mise en mots d’un schéma mémorisé. La lacune appartient donc à la poétique de l’oralité.

Deux exemples sont particulièrement importants. Dans la collecte Millien, les frères et sœur Briffault écrivent eux-mêmes des récits entendus dans l’enfance auprès de leur mère. Ces textes, sans ponctuation ni paragraphes, donnent accès à une remémoration presque brute. Dans la collecte Perbosc, la version très réduite de Grain-de-mil conserve quelques images puissantes : naissance minuscule, pâte du pain, poules, avalement, disparition.

Type de version Ce qu’elle montre Intérêt poétique
Version richement racontée Épisodes nombreux, descriptions, dialogues, reprises, emprunts à d’autres contes-types. Le conte se déploie devant un auditoire et cherche l’intensité.
Version brève ou lacunaire Trame réduite, images isolées, logique parfois onirique. Les noyaux figuratifs apparaissent plus nettement.
Version écrite par un·e détenteur·rice de mémoire Textualisation directe d’un souvenir d’enfance, sans véritable performance orale. Le passage entre mémoire, oralité et écriture devient observable.

Le conte raconté reste ouvert. Un autre conteur peut l’allonger, l’abréger, déplacer un épisode, enrichir une scène. L’auditeur participe aussi à cette ouverture en comblant intérieurement les manques. La lacune devient un espace de travail pour l’imaginaire.

Conte et rêve : figuration, condensation, déplacement

Belmont rapproche les contes de tradition orale du rêve, sans les confondre. Le conte est communicable, socialement partagé, transmis et reconnu par un groupe. Le rêve est individuel. Les deux productions mobilisent néanmoins des mécanismes communs : figuration, condensation, déplacement, élaboration secondaire.

La figuration occupe une place centrale. Le conte donne à penser sous forme d’images : cendre, chaussure, peau, ogre, forêt, sang, feu, avalement, décapitation, robe, arbre, animal auxiliaire. Ces images peuvent porter une signification profonde sans être expliquées par le récit.

Figuration une idée ou une tension devient image Condensation plusieurs significations se concentrent dans un motif Déplacement le sens se loge ailleurs que dans l’épisode attendu Élaboration secondaire les images se réorganisent en narration transmissible

La formule recueillie par Ariane de Félice, « Les contes, il faut avoir le temps de les rêver », devient chez Belmont une indication méthodologique. Le conte demande un temps intérieur. Il vient de la mémoire, des images, de la parole écoutée, des reprises et des zones obscures.

Conte merveilleux et mythe latent

Dans « Conte merveilleux et mythe latent », Belmont reprend la question ancienne du rapport entre mythe et conte. Elle évite de réduire le conte à un mythe usé ou dégradé. La matière mythique peut rester présente dans le conte sous une forme fragmentée, dissimulée, parfois discontinue. Le conte manifeste une narration apparemment simple. Son contenu latent peut porter une profondeur mythique.

La notion de mythe latent permet de penser une présence qui n’apparaît pas comme récit mythique complet. Le mythe peut être crypté dans des scènes, des motifs, des correspondances, des inversions ou des fragments à recomposer. Le conte merveilleux travaille alors sur une matière mythique passée dans la psyché individuelle.

Cendrillon : cendre, foyer, chaussure et destin féminin

Belmont met en relation le lien de Cendrillon avec les cendres et l’âtre du foyer avec la figure grecque de Hestia. La fille est attachée au foyer paternel, mais son destin matrimonial exige la mobilité vers la maison de l’époux. La chaussure perdue donne forme à cette tension. Elle marque la difficulté du passage entre deux maisons, deux statuts, deux appartenances.

La cendre n’est donc pas un simple signe de misère domestique. Elle porte une immobilité. La chaussure porte la mobilité. Le conte narrativise une contradiction sociale et symbolique du destin féminin.

La Fille du diable et Orphée : voyage dans l’Autre Monde

Belmont rapproche le conte-type T. 313, La Fille du diable, du mythe d’Orphée et Eurydice. Le conte renverse le schéma : un garçon célibataire va dans l’Autre Monde, ramène une femme sur terre, l’oublie puis l’épouse. Le mythe raconte un homme marié qui descend chercher son épouse morte, échoue à la ramener, ne peut l’oublier et meurt sans retour conjugal.

La comparaison ne cherche pas à prouver une transmission historique directe. Elle met en évidence un schéma profond : aller dans l’Autre Monde pour en ramener un être proche, avec interdit, mémoire, oubli, retour et union.

La Petite fille qui cherche ses frères : mythe latent et création de la femme

Dans le conte-type T. 451, une petite fille apprend qu’elle a des frères et part les chercher. Selon les aires européennes, elle doit les délivrer par le filage, le tissage et la couture de chemises tirées de matériaux sauvages, ou bien elle doit donner son petit doigt à sucer à un ogre en échange du feu laissé s’éteindre.

Belmont lit ces épisodes comme une élaboration du lien entre frères et sœur. Le récit travaille la coexistence problématique de germains de sexe différent, le passage de la consanguinité à l’alliance, et l’apparition symbolique de la femme pour ses frères. Le mythe latent n’est pas un récit complet. Il se devine dans des fragments : naissance d’une fille après des garçons, ogre vampirique, feu éteint, petit doigt, sang, décapitation, métamorphose.

Moitié d’homme : identité corporelle et conte-type 675

Dans l’article consacré à « Moitié d’homme », Belmont étudie un motif singulier du conte-type 675, Le Garçon paresseux. Le héros est défavorisé : paresseux, sot, laid, pauvre, incapable, parfois réduit à une moitié de corps. Malgré cette incomplétude initiale, il épouse la fille du roi, obtient un pouvoir merveilleux, engendre un enfant, affronte la reconnaissance sociale et accède finalement à une identité pleine.

Le motif de moitié d’homme rend visible ce que d’autres versions expriment de manière atténuée : un héros en état de latence, de détresse infantile, de dépendance et d’identité inachevée. Le corps incomplet dit l’identité incomplète. Le récit raconte l’acquisition progressive d’un corps, d’un nom, d’une puissance, d’une paternité, d’une épouse, puis d’une reconnaissance.

Moment du conte Lecture de Belmont Portée poétique
Héros diminué Identité tronquée, latence, incapacité apparente. Le corps donne une image concrète du défaut d’identité.
Épreuve préliminaire Acte de compassion envers un animal ou un personnage déshérité. La sympathie qualifie le héros et l’humanise.
Pouvoir merveilleux Toute-puissance des idées et accomplissement sans effort des souhaits. Le conte donne forme à un désir infantile, puis le soumet à la reconnaissance sociale.
Reconnaissance par l’enfant Désignation du père avant validation par le roi. La filiation précède la légitimation sociale.
Reconnaissance par le roi Accès final à l’identité, au rang et à la paternité reconnue. Le héros devient pleinement un homme social.

Les versions françaises étudiées par Belmont proviennent notamment du Nivernais, des Landes et du Queyras. La version nivernaise renvoie directement à la collecte Millien-Delarue : le troisième garçon d’un couple pauvre n’a qu’un seul bras, une seule jambe et « la moitié de tout ».

Conte et enfance : l’infantile plutôt que l’enfantin

Belmont distingue clairement l’enfantin et l’infantile. Les contes merveilleux ne sont pas, par nature, des récits pour enfants. Leur mise en recueil, leur adaptation scolaire et leur moralisation les ont souvent placés dans l’univers de l’enfance. Leur matière profonde engage cependant des expériences psychiques archaïques : séparation, abandon, rivalité fraternelle, oralité, avalement, défécation, corps morcelé, désir, mariage, sortie de la maison parentale.

Certains contes appartiennent davantage à un répertoire enfantin ou semi-enfantin, par exemple les variantes de Tom Pouce, Grain-de-Mil ou Petit Poucet. Le conte merveilleux au sens plein travaille souvent le passage vers l’alliance, la séparation avec les parents, l’accès au mariage, la reconnaissance du corps et du statut.

  • Enfantin : répertoire destiné aux enfants, forme brève, jeux de taille, avalements, formulettes, humour corporel.
  • Infantile : matériaux psychiques archaïques présents dans des contes adressés aussi aux adultes.
  • Poétique du passage : le conte transforme les tensions infantiles en itinéraire narratif.
Figures poétiques : cendre, peau, feu, ogre, eau, chaussure

La poétique de Belmont invite à lire les objets et matières du conte comme des figures actives. Le motif n’est pas une simple case dans un index. Il porte une charge de figuration et de condensation.

Figure Valeur possible dans la lecture de Belmont Conte ou famille concernée
Cendre, foyer Immobilité, maison paternelle, attachement domestique, abaissement, feu éteint. Cendrillon, Peau d’Âne.
Chaussure, pantoufle Mobilité, passage vers la maison de l’époux, preuve d’identité, boiterie symbolique. Cendrillon.
Peau animale Masque, abaissement, protection, retrait hors du désir incestueux, apparence trompeuse. Peau d’Âne, époux ou épouse animal·e.
Feu éteint Rupture domestique, faute, perte du foyer, déclenchement d’une dette envers l’ogre. La Petite fille qui cherche ses frères.
Ogre vampirique Figure de relation interne dangereuse, circulation close du sang, menace sur la jeune fille nubile. Versions françaises du T. 451.
Eau, rivière, pont Frontière, passage, communication avec l’autre monde, qualification par compassion. Le Garçon paresseux, récits de passeur ou d’aide.
Dialogue avec Propp, Lévi-Strauss, Freud, Lüthi et Tenèze

Belmont n’installe pas une théorie isolée. Sa pensée se situe dans un réseau d’auteurs qui permettent de penser la forme, la structure, l’oralité, le mythe et l’inconscient.

Auteur·rice Point d’appui Déplacement chez Belmont
Propp Fonctions, itinéraire du héros, morphologie du conte. Les fonctions sont utiles, mais les images et contenus latents demandent une autre lecture.
Lévi-Strauss Oppositions, transformations, mythe, passage entre structures. Le conte transpose des oppositions à petite échelle, dans le registre familial et psychique.
Freud Rêve, figuration, condensation, déplacement, élaboration secondaire. Les mécanismes du rêve éclairent la production poétique du conte, sans confondre rêve et récit oral.
Max Lüthi Forme du conte européen, motifs abrégés, abstraction du style. Les motifs écourtés ou aveugles peuvent ouvrir une lecture de la mémoire et de la figuration.
Marie-Louise Tenèze Catalogue, conte-type, organisations narratives. Les versions et les contes-types restent indispensables, mais leur poétique excède la seule structure fonctionnelle.
Van Gennep Folklore, ethnographie française, faits vivants. L’étude des contes suppose aussi une histoire du folklore et des conditions de collecte.
Ce que Belmont apporte à l’étude des contes merveilleux
  • Une poétique de l’oralité : le conte est compris comme œuvre de voix, de mémoire, d’écoute et de variation.
  • Une critique de l’écrit : la fixation par transcription, adaptation ou littérature modifie la nature du conte raconté.
  • Une méthode par les versions : le sens se construit mieux par confrontation de plusieurs versions que par lecture isolée.
  • Une lecture des lacunes : les manques, raccourcis et discontinuités deviennent des indices poétiques.
  • Une théorie de la figuration : les images du conte portent la substance du récit.
  • Une réflexion sur le mythe latent : la matière mythique peut être fragmentaire, cryptée, dénarrativisée.
  • Une attention à l’enfance psychique : le conte travaille des tensions infantiles sans appartenir mécaniquement à la littérature enfantine.
  • Une articulation entre conte et rêve : la production orale et la production onirique partagent plusieurs mécanismes d’élaboration.
Limites et précautions de lecture

La fécondité de Belmont tient à la profondeur interprétative. Cette profondeur appelle plusieurs précautions.

Point sensible Risque Précaution utile
Cadre psychanalytique Surinterpréter un motif ou plaquer une grille extérieure. Partir des variantes, des scènes concrètes et de la récurrence des figures.
Mythe latent Voir du mythe partout, même lorsque le récit ne le soutient pas. Réserver cette lecture aux cas où les motifs, inversions ou fragments se répondent fortement.
Corpus européen Généraliser trop largement une analyse fondée surtout sur des traditions européennes. Signaler le périmètre culturel du corpus étudié.
Versions transcrites Oublier que l’analyse travaille sur des textes issus d’une parole perdue. Maintenir la distinction entre conte raconté et texte disponible.
Beauté de l’interprétation Confondre cohérence interprétative et preuve documentaire. Distinguer hypothèse, indice textuel, fréquence dans les variantes et preuve historique.
Lire un conte merveilleux avec Nicole Belmont
  1. Rassembler plusieurs versions : éviter de faire porter toute l’analyse sur un seul texte.
  2. Identifier les images fortes : cendre, peau, chaussure, feu, sang, ogre, eau, avalement, arbre, animal auxiliaire.
  3. Repérer les lacunes : épisodes abrégés, motifs isolés, discontinuités, silences, incohérences apparentes.
  4. Observer la mémoire du récit : itinéraire du héros, scènes frappantes, étapes, retours, répétitions.
  5. Comparer oralité et écriture : collecte, transcription, adaptation, publication, réécriture littéraire.
  6. Lire les motifs comme figures : ne pas les réduire à des éléments décoratifs ou à des mots-clés.
  7. Vérifier la présence d’un contenu latent : mythe, phantasme, conflit familial, passage d’âge, séparation, alliance.
  8. Conserver la prudence : une interprétation doit rester attachée aux versions, aux variantes et au détail des scènes.
Synthèse courte pour lecteur non spécialiste

Nicole Belmont propose une lecture poétique et anthropologique des contes merveilleux. Le conte de tradition orale y apparaît comme une œuvre mouvante, transmise par la voix, modifiée par la mémoire, enrichie ou appauvrie selon les circonstances de racontage.

Sa réflexion insiste sur la différence entre le conte raconté et le conte écrit. La transcription conserve le récit, mais elle perd la voix, le geste, le public, le rythme et l’ouverture de l’oralité. L’étude devient possible grâce au texte, à condition de ne jamais oublier que ce texte provient d’une parole.

Les contes merveilleux portent aussi un sens latent. Les images de cendre, de peau, de chaussure, d’ogre, de feu, d’avalement ou de corps incomplet peuvent condenser des tensions profondes : passage de l’enfance à l’âge adulte, séparation de la maison parentale, entrée dans l’alliance, conflit entre frère et sœur, acquisition d’une identité corporelle et sociale. La force du conte tient à cette profondeur figurative.

Repères bibliographiques et ressources

Textes et ouvrages de Nicole Belmont

  • Nicole Belmont, Arnold Van Gennep : le créateur de l’ethnographie française, Paris, Payot, 1974.
  • Nicole Belmont, Paroles païennes. Mythe et folklore des frères Grimm à P. Saintyves, Paris, Imago, 1986.
  • Nicole Belmont, « Conte merveilleux et mythe latent », Ethnologie française, nouvelle série, t. 23, n° 1, 1993, p. 74-81.
  • Nicole Belmont, « L’écriture des contes », texte consacré au passage du conte oral au texte écrit.
  • Nicole Belmont, Poétique du conte. Essai sur le conte de tradition orale, Paris, Gallimard, 1999.
  • Nicole Belmont, « “Moitié d’homme” dans les contes de tradition orale. Lieux, usages et signification d’un motif singulier », L’Homme, n° 174, 2005, p. 11-22.
  • Nicole Belmont et Élisabeth Lemirre, Sous la cendre : figures de Cendrillon, Paris, José Corti, 2007.
  • Nicole Belmont, Mythe, conte et enfance. Les écritures d’Orphée et de Cendrillon, Paris, L’Harmattan, 2010.
  • Nicole Belmont, Petit-Poucet rêveur. La poésie des contes merveilleux, Paris, José Corti, 2017.

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