Richard Bauman

Richard Bauman

Performance, art verbal, récit oral et relation entre conteur, auditoire et situation

Richard Bauman est un folkloriste et anthropologue américain. Ses travaux ont joué un rôle important dans le développement des études de performance, de l’anthropologie linguistique et de l’étude ethnographique des récits oraux.

Richard Bauman n’est pas un spécialiste du conte merveilleux au sens strict. Il ne propose ni catalogue de contes-types, ni morphologie du conte, ni interprétation symbolique générale des récits merveilleux. Son apport est cependant très utile pour comprendre ce qu’est un conte lorsqu’il est raconté : une parole adressée, performée, située, reçue par un auditoire et évaluée comme un acte d’art verbal.

Pour l’étude des contes merveilleux, Richard Bauman permet de déplacer l’attention du texte seul vers l’événement de narration. Un conte ne se réduit pas à son intrigue ni à ses motifs. Il prend forme dans une performance : un conteur ou une conteuse assume devant un public la responsabilité d’un récit bien dit, d’une parole maîtrisée, d’une compétence narrative reconnue.

Nom complet Richard Bauman
Naissance 1940
Domaines Folklore, anthropologie, anthropologie linguistique, performance studies, récit oral, art verbal
Ouvrages importants Verbal Art as Performance, Story, Performance, and Event, A World of Others’ Words
Notions importantes Performance, art verbal, compétence communicative, cadrage, événement narratif, auditoire, émergence
Intérêt pour les contes Comprendre le conte comme événement oral, relation sociale et acte de parole évalué par un public
1. Situer Richard Bauman

Richard Bauman appartient au champ du folklore, de l’anthropologie linguistique et des études de performance. Son travail s’inscrit dans le voisinage de l’ethnographie de la parole, de la sociolinguistique, de l’analyse des genres oraux et de l’étude des arts verbaux.

Son ouvrage Verbal Art as Performance a contribué à déplacer l’étude du folklore d’une approche centrée sur le texte vers une approche centrée sur la performance. Il ne s’agit plus seulement de collecter un récit et d’en analyser le contenu. Il faut aussi observer comment ce récit est produit, dans quelle situation, par qui, devant qui, selon quels codes et avec quels effets.

Cette perspective est très utile pour les contes merveilleux. Les recueils donnent souvent des versions écrites, parfois très belles, parfois résumées ou remaniées. Richard Bauman rappelle qu’avant de devenir un texte, un conte peut être un acte de parole : une prestation située, attendue, jugée et mémorisée dans une communauté.

2. Pourquoi lire Richard Bauman pour comprendre les contes merveilleux ?

Richard Bauman aide à lire les contes merveilleux comme des formes d’art verbal. Le conteur ne transmet pas seulement une histoire. Il montre qu’il sait raconter. Il choisit un ton, un rythme, des formules, des pauses, des effets de voix, des accélérations et des ralentissements. Il établit une relation avec son auditoire.

Cette approche est précieuse pour les contes merveilleux, car ces récits vivent souvent par la répétition, la variation et l’adresse. Un même conte peut produire de la peur, du rire, de l’attente, de l’émerveillement ou de l’ironie selon la manière dont il est dit.

Richard Bauman permet aussi de comprendre pourquoi le contexte de narration compte. Un conte raconté en veillée, à des enfants, devant un public adulte, sur une scène contemporaine ou dans un cadre scolaire ne devient pas exactement le même événement. Le récit conserve une trame, mais sa portée dépend de la situation où il est performé.

Lire un conte avec Richard Bauman, c’est se demander comment une histoire devient un acte d’art verbal devant un auditoire.

3. L’art verbal comme performance

La notion centrale de Richard Bauman est celle d’art verbal comme performance. Un récit oral devient performance lorsqu’il est présenté comme une parole qui mérite attention, parce qu’elle manifeste une compétence particulière.

Dans cette perspective, le conteur ou la conteuse assume une responsabilité devant l’auditoire. Il ne suffit pas de connaître l’histoire. Il faut savoir la faire exister : installer l’écoute, produire des effets, gérer les attentes, donner de la force aux formules, faire sentir les personnages et conduire le récit jusqu’à sa résolution.

Pour les contes merveilleux, cette notion éclaire plusieurs aspects souvent négligés :

  • la qualité de la mise en voix ;
  • l’emploi de formules attendues ;
  • le rythme de l’épreuve ou de la fuite ;
  • la capacité à faire peur sans perdre l’auditoire ;
  • l’art de faire rire, attendre, reconnaître ou deviner ;
  • la manière de rendre présents les êtres merveilleux.
4. Le conte comme événement

Richard Bauman insiste sur le fait qu’un récit oral est un événement. Il ne se limite pas à un contenu narratif. Il se produit dans un moment donné, avec un public donné, dans un cadre social précis.

Un conte merveilleux raconté dans une maison, lors d’une veillée, dans une classe ou sur une scène ne relève pas du même événement. Le texte peut être proche, mais l’usage, la réception et les effets changent.

Dimension de l’événement Question utile pour lire un conte
Lieu Où le conte est-il raconté : maison, veillée, école, scène, collecte ethnographique ?
Moment Le conte est-il dit le soir, pendant un travail, lors d’une fête, dans un entretien avec un collecteur ?
Public Qui écoute : enfants, adultes, voisins, chercheurs, spectateurs ?
Cadre Le récit est-il attendu comme divertissement, enseignement, démonstration de mémoire, performance artistique ?
Effet recherché Le conte cherche-t-il à faire rire, à inquiéter, à émerveiller, à instruire, à éprouver l’auditoire ?

Cette attention à l’événement rend la lecture des versions plus fine. Un texte recueilli n’est pas seulement une suite de phrases. Il garde la trace d’un moment de narration.

5. Le cadrage de la performance

Pour Richard Bauman, une performance suppose un cadrage. L’auditoire doit comprendre que la parole qui commence n’est pas une parole ordinaire. Elle entre dans un mode particulier : récit, conte, plaisanterie, légende, chanson, proverbe, prière, joute verbale.

Dans les contes merveilleux, ce cadrage peut être signalé par des formules d’ouverture, par un changement de voix, par une posture du conteur, par l’installation du silence ou par une attente collective.

Signal de cadrage Effet sur l’auditoire
Formule d’ouverture Elle indique que l’on entre dans le temps du conte.
Changement de ton Il distingue la parole narrative de la conversation ordinaire.
Répétition attendue Elle prépare l’auditoire à reconnaître une forme traditionnelle.
Adresse directe au public Elle rend l’écoute active et partagée.
Formule finale Elle ferme l’espace du conte et ramène au monde ordinaire.

Cette notion de cadrage est utile pour comprendre pourquoi les formules ne sont pas seulement décoratives. Elles indiquent au public comment écouter.

6. La compétence du conteur ou de la conteuse

Richard Bauman met en valeur la compétence communicative du performer. Dans le cas du conte, cette compétence ne se réduit pas à la fidélité au récit. Elle comprend la capacité à ajuster la parole à la situation.

Le conteur ou la conteuse doit savoir :

  • choisir le bon récit pour le bon auditoire ;
  • installer l’écoute ;
  • gérer les répétitions sans lasser ;
  • donner de l’intensité aux scènes décisives ;
  • faire entendre les voix des personnages ;
  • adapter le niveau de peur, de cruauté ou de comique ;
  • mener le récit vers une fin satisfaisante.

Cette compétence explique pourquoi une même trame peut produire des effets très différents selon la personne qui raconte. Le conte merveilleux n’existe pas seulement comme patrimoine narratif. Il existe aussi comme savoir-faire.

7. L’auditoire comme partenaire

Dans l’approche de Richard Bauman, l’auditoire n’est pas un élément passif. La performance suppose une relation. Ceux qui écoutent évaluent, reconnaissent, anticipent, rient, s’inquiètent, se taisent, répondent parfois, et contribuent à donner sa valeur à l’acte narratif.

Pour les contes merveilleux, cette idée est essentielle. Les répétitions, les formules, les scènes de peur maîtrisée ou les fins attendues fonctionnent parce que l’auditoire partage déjà certaines attentes.

Réaction de l’auditoire Conséquence sur la performance
Silence attentif Le conteur peut ralentir, suspendre, intensifier.
Rire Le conteur peut accentuer le comique ou prolonger une scène.
Peur ou tension Le conteur peut moduler la menace et contrôler son effet.
Reconnaissance d’une formule Le public entre dans une mémoire commune du récit.
Connaissance préalable du conte L’intérêt se déplace vers la manière de raconter plus que vers la surprise de l’intrigue.

Le conte est donc un art de la relation. Richard Bauman aide à lire cette relation comme une composante du récit lui-même.

8. Texte, contexte et performance

Richard Bauman ne supprime pas l’importance du texte. Il montre que le texte doit être compris dans son contexte de performance. Une version écrite donne accès à une organisation narrative, à des motifs, à des formules, mais elle ne dit pas toujours comment le récit a été performé.

Cette distinction est utile pour les recueils de contes populaires. Le lecteur peut comparer les versions, repérer les motifs et les classer par contes-types. Il peut aussi se demander ce que la transcription laisse deviner de la situation orale.

Niveau d’analyse Question correspondante
Texte Quels épisodes, personnages, motifs et formules composent la version ?
Contexte Qui raconte, devant qui, dans quelle situation sociale ou ethnographique ?
Performance Comment le récit est-il présenté comme une parole remarquable ?
Réception Comment l’auditoire comprend-il, évalue-t-il ou reconnaît-il la performance ?

Cette articulation évite de choisir entre analyse du texte et analyse de l’oralité. Les deux dimensions se complètent.

9. L’émergence dans la performance

Richard Bauman insiste sur la qualité émergente de la performance. Le récit ne se contente pas de reproduire une forme déjà donnée. Quelque chose advient dans le moment où il est raconté.

Cette idée convient particulièrement aux contes merveilleux. Un conte appartient à une tradition, mais chaque performance peut créer un équilibre singulier : un détail accentué, une formule intensifiée, une pause nouvelle, un geste, un rire, une tonalité particulière.

L’émergence peut porter sur :

  • la manière de rendre l’ogre plus comique ou plus terrifiant ;
  • l’importance donnée à une vieille femme, à un animal ou à un objet ;
  • le rythme de la fuite ou de la quête ;
  • la cruauté atténuée ou renforcée ;
  • la présence d’un commentaire implicite sur la société ;
  • la complicité entre le conteur et l’auditoire.

Le conte merveilleux est donc traditionnel sans être figé. La performance le réactualise.

10. Genre, attentes et reconnaissance

Richard Bauman accorde une grande importance aux genres de parole. Un conte, une légende, une plaisanterie, une chanson, un proverbe ou un récit d’expérience personnelle n’engagent pas les mêmes attentes.

Le conte merveilleux possède lui aussi ses signaux de genre. Il présente souvent un espace éloigné, des épreuves, des auxiliaires, des interdits, des transformations, des objets puissants, des êtres de l’Autre Monde, une résolution finale.

Le genre guide l’écoute. L’auditoire sait qu’il peut attendre certains types d’événements :

  • le plus faible peut réussir ;
  • l’animal peut parler ;
  • l’objet peut agir ;
  • la mort peut être provisoire ;
  • la vieille femme peut être une auxiliaire ou une puissance dangereuse ;
  • la répétition peut préparer une variation décisive.

La performance joue avec ces attentes. Elle les confirme, les retarde, les module ou les détourne.

11. Formules, répétitions et art verbal

Dans une perspective inspirée par Richard Bauman, les formules et les répétitions ne sont pas des marques de pauvreté stylistique. Elles font partie de l’art verbal.

Les contes merveilleux utilisent fréquemment des reprises :

  • trois frères qui partent successivement ;
  • trois portes ou trois chambres ;
  • trois épreuves ;
  • une formule magique répétée ;
  • une chanson qui revient ;
  • une question posée plusieurs fois ;
  • un dialogue rituel entre le héros et l’auxiliaire.

Ces éléments soutiennent la mémoire, mais ils soutiennent aussi la performance. Ils permettent à l’auditoire d’anticiper, de reconnaître et de mesurer les variations. Le conteur peut alors jouer avec l’attente.

Dans le conte oral, répéter n’est pas seulement redire. C’est installer un rythme et préparer une transformation.

12. Voix rapportées et paroles des personnages

Richard Bauman s’est intéressé à la manière dont les paroles circulent, sont reprises, citées, rapportées ou réinscrites dans de nouveaux contextes. Cette question éclaire fortement les contes merveilleux.

Un conte contient souvent des voix rapportées : paroles de fée, avertissement d’un mort, formule d’un animal, mensonge de l’usurpateur, chant de l’enfant disparu, ordre du roi, promesse de mariage, interdiction parentale.

Type de parole Fonction dans le conte merveilleux
Interdit Fixer une règle dont la transgression fera avancer le récit.
Formule magique Activer un objet, appeler un auxiliaire, ouvrir un passage.
Chant Révéler une vérité, garder la mémoire d’un crime, signaler une métamorphose.
Mensonge Permettre l’usurpation, la fausse identité ou la substitution.
Reconnaissance publique Rétablir l’identité vraie devant la communauté.

La performance rend ces voix sensibles. Le conteur peut les différencier, les accentuer, les faire attendre ou les faire reconnaître.

13. Variation et reprise d’une version à l’autre

L’approche de Richard Bauman permet de regarder les variantes comme des actualisations situées d’un récit, et non comme de simples écarts par rapport à un modèle idéal.

Une version peut changer parce que le public change, parce que le conteur insiste sur un épisode, parce qu’une scène semble plus efficace dans tel contexte, parce qu’une formule locale est disponible, parce qu’une tonalité morale, comique ou inquiétante est préférée.

Pour les contes merveilleux, cette perspective complète le classement par contes-types. Le numéro de conte-type permet d’identifier une famille narrative. L’étude de performance permet ensuite de comprendre comment cette famille narrative vit concrètement dans des actes de parole.

Le conte-type donne une carte. La performance donne l’événement où le conte est effectivement raconté.

14. Lire les collectes de contes avec Richard Bauman

Les recueils de contes populaires sont des documents précieux, mais ils transforment une performance orale en texte. Une lecture inspirée par Richard Bauman conduit à poser plusieurs questions.

  • Le nom du conteur ou de la conteuse est-il indiqué ?
  • Le lieu et la date de la collecte sont-ils connus ?
  • Le contexte de narration est-il décrit ?
  • Le texte est-il transcrit, résumé, traduit ou réécrit ?
  • Les formules sont-elles conservées ?
  • Les chansons sont-elles notées avec leur rythme ou seulement transcrites comme du texte ?
  • Les réactions de l’auditoire sont-elles mentionnées ?
  • Le collecteur intervient-il dans la forme finale de la version ?

Ces questions ne diminuent pas la valeur des recueils. Elles permettent de mieux comprendre ce que l’on lit : une version fixée, issue d’une performance ou d’une mémoire orale plus large.

15. Applications aux grands motifs merveilleux

Les outils de Richard Bauman peuvent éclairer de nombreux motifs merveilleux lorsque l’on s’intéresse à leur réalisation orale et à leur effet sur l’auditoire.

Motif du conte Lecture possible avec Richard Bauman
La chambre interdite Observer comment la performance construit l’attente avant l’ouverture, puis la peur ou la révélation.
L’ogre ou le géant Étudier les effets de voix, de rythme et de présence qui rendent le danger sensible.
L’animal parlant Lire la parole animale comme événement verbal marqué, souvent attendu et mémorable.
Les trois épreuves Observer la répétition comme dispositif d’attente et de variation.
La fuite magique Étudier l’accélération du rythme, les reprises, les formules et la tension de l’auditoire.
Le chant révélateur Comprendre le chant comme parole performée qui fait revenir la vérité dans l’espace public.
La fausse fiancée Observer les paroles de mensonge, de preuve et de reconnaissance.
Le Petit Chaperon rouge Étudier le dialogue répété, la voix imitée, la peur jouée et la relation avec l’auditoire.
Cendrillon Lire l’apparition publique, l’épreuve de reconnaissance et les paroles qui rétablissent le vrai statut.
16. Ce que Richard Bauman apporte à la lecture des contes merveilleux

L’apport de Richard Bauman devient très concret dès que l’on cesse de lire le conte uniquement comme un texte et que l’on se demande comment il fonctionne comme parole performée.

Question de lecture Éclairage inspiré par Richard Bauman
Comment une histoire devient-elle un conte raconté ? Par un cadrage de performance qui signale une parole artistique ou remarquable.
Pourquoi le conteur est-il important ? Il assume devant l’auditoire une compétence narrative et expressive.
Pourquoi le public compte-t-il ? Il reconnaît, évalue, anticipe et participe à la valeur de la performance.
Pourquoi les formules sont-elles décisives ? Elles signalent le genre, soutiennent la mémoire et créent une attente partagée.
Pourquoi les variantes ne sont-elles pas de simples erreurs ? Elles peuvent être des ajustements à une situation de narration.
Pourquoi faut-il interroger les conditions de collecte ? Parce qu’une transcription conserve un texte, mais pas toujours l’événement de performance.
17. Approches voisines : Ben-Amos, Zumthor, Ong, Jousse, Calame-Griaule

Richard Bauman dialogue avec plusieurs théoriciens de l’oralité, du folklore et de la performance. Son intérêt est de relier l’art verbal au contexte social de sa réalisation.

Auteur ou autrice Éclairage principal Différence avec Richard Bauman
Dan Ben-Amos Folklore comme communication artistique en petit groupe. Dan Ben-Amos donne une définition générale du folklore comme communication située ; Richard Bauman développe plus précisément l’analyse de la performance comme art verbal.
Paul Zumthor Voix, présence, performance, réception. Paul Zumthor insiste sur la voix et la présence sensible ; Richard Bauman insiste davantage sur le cadrage communicatif, la compétence du performer et l’événement social.
Walter J. Ong Oralité, écriture, mémoire, technologies de la parole. Walter J. Ong propose une grande théorie des cultures orales et écrites ; Richard Bauman observe les performances verbales dans leur contexte d’usage.
Marcel Jousse Geste, rythme, mémoire corporelle, mimisme. Marcel Jousse met l’accent sur le corps mémorisant et le geste ; Richard Bauman met l’accent sur la relation entre parole, genre, public et situation.
Geneviève Calame-Griaule Ethnolinguistique, parole située, gestes narratifs, littérature orale africaine. Geneviève Calame-Griaule part de terrains ethnographiques précis ; Richard Bauman propose un cadre général pour analyser la performance verbale.
Dell Hymes Ethnographie de la communication, ethnopoétique, organisation des récits oraux. Dell Hymes s’intéresse fortement à la structure poétique de la parole transcrite ; Richard Bauman met en avant la performance comme événement social et artistique.
18. Limites et points de prudence

Richard Bauman est très utile pour penser l’oralité des contes merveilleux, mais son œuvre doit être utilisée avec quelques précautions.

  • Ne pas faire de Richard Bauman un spécialiste du conte merveilleux. Son apport concerne surtout l’art verbal, la performance et le récit oral.
  • Ne pas remplacer l’analyse des versions. Les motifs, les structures narratives et les variantes doivent toujours être étudiés avec précision.
  • Ne pas imaginer la performance quand les sources ne la documentent pas. Beaucoup de collectes anciennes ne donnent pas d’informations sur la voix, les gestes ou l’auditoire.
  • Ne pas confondre performance orale traditionnelle et spectacle contemporain. Les deux relèvent de la performance, mais leurs cadres sociaux diffèrent.
  • Ne pas réduire le conteur à un artiste individuel isolé. Le conteur agit dans une tradition, avec des formes partagées et des attentes collectives.
  • Ne pas opposer mécaniquement texte et performance. Le texte écrit reste indispensable pour comparer, transmettre et étudier les contes.

Le bon usage de Richard Bauman consiste à partir d’une version précise, puis à interroger le cadre de parole, la compétence narrative, les signaux de performance, les attentes du public et l’effet produit par le récit.

19. En résumé

Richard Bauman est une référence majeure pour comprendre le conte comme performance verbale. Son œuvre rappelle qu’un récit oral n’est pas seulement un texte à conserver, mais un acte de parole à situer.

Pour les contes merveilleux, son apport est décisif : il permet de regarder le conteur ou la conteuse, l’auditoire, le cadre de narration, les formules, les voix, les reprises, les variations et les effets produits dans le moment du récit.

Lire les contes avec Richard Bauman, c’est comprendre que le merveilleux n’existe pas seulement dans les motifs — fées, ogres, animaux parlants, objets magiques, chambres interdites, épreuves ou métamorphoses. Il existe aussi dans l’art de faire entendre ces motifs, de les cadrer, de les rythmer et de les rendre présents devant un public.

20. Sources et liens utiles

Sources principales

  • Richard Bauman, « Verbal Art as Performance », American Anthropologist, vol. 77, n° 2, 1975, p. 290-311.
  • Richard Bauman, Verbal Art as Performance, Rowley, Newbury House, 1977 ; réédition Waveland Press, 1984.
  • Richard Bauman, Let Your Words Be Few. Symbolism of Speaking and Silence among Seventeenth-Century Quakers, Cambridge, Cambridge University Press, 1983.
  • Richard Bauman, Story, Performance, and Event. Contextual Studies of Oral Narrative, Cambridge, Cambridge University Press, 1986.
  • Richard Bauman et Charles L. Briggs, « Poetics and Performance as Critical Perspectives on Language and Social Life », Annual Review of Anthropology, vol. 19, 1990, p. 59-88.
  • Charles L. Briggs et Richard Bauman, « Genre, Intertextuality, and Social Power », Journal of Linguistic Anthropology, vol. 2, n° 2, 1992, p. 131-172.
  • Richard Bauman dir., Folklore, Cultural Performances, and Popular Entertainments. A Communications-Centered Handbook, New York, Oxford University Press, 1992.
  • Richard Bauman, A World of Others’ Words. Cross-Cultural Perspectives on Intertextuality, Malden, Blackwell, 2004.
  • Richard Bauman, A Most Valuable Medium. The Remediation of Oral Performance on Early Commercial Recordings, Bloomington, Indiana University Press, 2023.

Liens utiles

Note pour le lecteur : cette fiche présente Richard Bauman à partir de ce que son œuvre apporte à la lecture des contes merveilleux : attention au conte comme performance, au cadrage de la parole, à la compétence du conteur ou de la conteuse, à l’auditoire, au contexte de narration, aux formules, aux variations et à la manière dont une histoire devient un événement d’art verbal.