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Psychologues et psychiatres

Conte comme objet tiers, médiation narrative et précautions cliniques

Cette fiche situe le conte merveilleux comme support indirect de parole. Elle insiste sur la prudence clinique : les motifs narratifs peuvent soutenir une médiation, mais ils ne constituent ni diagnostic, ni interprétation automatique.

Domaine Psychologues et psychiatres
Publics visés La fiche s’adresse aux psychologues, psychiatres, pédopsychiatres, psychothérapeutes, art-thérapeutes et équipes utilisant des médiations narratives.
Usage principal Conte comme objet tiers, médiation narrative et précautions cliniques
Point de vigilance Adapter le conte au cadre professionnel concerné ; ne pas transformer les motifs en grille automatique d’interprétation.
Publics concernés
  • Psychologues, psychiatres, pédopsychiatres et psychothérapeutes.
  • Art-thérapeutes et professionnel·le·s travaillant avec des médiations narratives.
  • Équipes exerçant en consultation, institution, hôpital de jour, groupe thérapeutique ou accompagnement médico-social.
Ce que les contes merveilleux peuvent apporter

Le conte peut fonctionner comme un objet tiers. Il permet de parler d’un personnage, d’une épreuve, d’une forêt, d’un interdit ou d’un être dangereux sans demander immédiatement au sujet de parler de son histoire personnelle.

Les scènes de séparation, d’emprise, d’enfermement, de peur, de métamorphose, de délivrance et de reconnaissance offrent des supports de parole indirects. La distance du récit peut faciliter l’élaboration, à condition de ne jamais forcer l’identification.

Ressources du site à mobiliser
  • Fiches conte-type pour disposer d’une trame narrative stable.
  • Motifs d’abandon, d’emprise, de métamorphose, d’épreuve, d’aide magique et de reconnaissance.
  • Rubriques sur la poétique du conte pour repérer les lieux, objets, seuils, aides, transformations et scènes à forte charge symbolique.
  • Variantes d’un même conte pour montrer que le récit peut se déplacer, se transformer et recevoir plusieurs issues.
  • Catégories de conjonction et de disjonction lorsque ces outils sont disponibles dans le site principal.
Pistes d’utilisation
  • Choisir un récit autour d’un processus clair : peur, séparation, emprise, épreuve, délivrance, reconnaissance.
  • Lire ou raconter une version courte, puis demander quel personnage ou quelle scène retient l’attention.
  • Repérer les aides, obstacles, interdits, passages et issues possibles.
  • Comparer deux variantes pour montrer que la même situation narrative peut recevoir des formes différentes.
  • Travailler en groupe sur les ressources du personnage plutôt que sur l’interprétation directe du/de la participant·e.
Questions possibles
  • Quel personnage semble le plus exposé au danger ?
  • Qui aide le héros ou l’héroïne ?
  • Quel obstacle paraît le plus difficile à franchir ?
  • À quel moment une issue devient-elle possible ?
  • Que change l’objet magique, l’aide reçue ou la parole prononcée ?
  • Comment le personnage est-il reconnu ou transformé à la fin du récit ?
Contes-types et motifs particulièrement utiles
Précautions
  • Ne pas interpréter mécaniquement les symboles : ogre, forêt, marâtre, dragon, chaussure ou sang ne possèdent pas un sens clinique unique.
  • Adapter le choix des récits aux situations de vulnérabilité et aux âges concernés.
Parcours de consultation recommandé
  • Entrer par un thème : abandon, peur, emprise, métamorphose, reconnaissance.
  • Choisir deux ou trois conte-types.
  • Lire le résumé narratif et vérifier les scènes sensibles.
  • Consulter les variantes disponibles.
  • Préparer quelques questions ouvertes.
  • Utiliser le conte comme support de parole, non comme explication du sujet.
En résumé

Cette fiche situe le conte merveilleux comme support indirect de parole. Elle insiste sur la prudence clinique : les motifs narratifs peuvent soutenir une médiation, mais ils ne constituent ni diagnostic, ni interprétation automatique.

Repères bibliographiques sur les usages psychologiques, psychiatriques et thérapeutiques du conte

Cette bibliographie rassemble des ouvrages et articles utiles pour comprendre la place du conte dans la vie psychique, la clinique de l’enfant, les médiations thérapeutiques, la psychiatrie narrative et les usages de la métaphore en psychothérapie.

Point de vigilance : le conte peut soutenir une médiation, ouvrir un espace symbolique, aider à mettre en forme des peurs ou des conflits intérieurs. Il ne remplace ni l’évaluation clinique, ni le cadre thérapeutique, ni la responsabilité professionnelle du praticien.

Approches psychanalytiques et psychologiques des contes

  • Bruno Bettelheim, La Psychanalyse des contes de fées, Paris, Robert Laffont, 1976 ; édition originale : The Uses of Enchantment : The Meaning and Importance of Fairy Tales, New York, Knopf, 1976.
    Notice Penguin Random House
    Référence classique sur la fonction psychique des contes chez l’enfant : peur, rivalité fraternelle, séparation, croissance, conflit œdipien, angoisses archaïques. À lire comme un texte influent, mais discuté, marqué par une interprétation psychanalytique parfois très systématique.
  • Alan Dundes, « Bruno Bettelheim’s Uses of Enchantment and Abuses of Scholarship », Journal of American Folklore, vol. 104, n° 411, 1991.
    Notice JSTOR
    Lecture critique indispensable pour situer les limites de Bettelheim : problèmes d’attribution, emprunts insuffisamment signalés, fragilité de certaines généralisations. Cette critique aide à utiliser Bettelheim sans en faire une autorité unique.
  • Marie-Louise von Franz, L’Interprétation des contes de fées, trad. française disponible selon les éditions ; édition anglaise : The Interpretation of Fairy Tales, Shambhala, édition révisée, 1996.
    Notice Penguin Random House
    Référence majeure de l’approche jungienne. Les contes y sont lus comme expressions de motifs archétypiques : ombre, anima, animus, transformation, individuation. Utile pour comprendre une lecture symbolique qui travaille moins sur le symptôme que sur les images de la psyché.
  • Carl Gustav Jung, Four Archetypes : Mother, Rebirth, Spirit, Trickster, Routledge.
    Notice Routledge
    Texte bref et accessible pour situer quatre grandes figures archétypiques présentes dans les mythes, les contes et les traditions religieuses. Utile pour comprendre les lectures jungiennes du conte sans commencer par les volumes les plus techniques des Collected Works.
  • Erich Fromm, The Forgotten Language : An Introduction to the Understanding of Dreams, Fairy Tales, and Myths, New York, Grove Press, 1957.
    Notice Open Library
    Ouvrage utile pour relier rêves, mythes et contes à une lecture du langage symbolique. Fromm permet de sortir d’une interprétation exclusivement sexuelle ou œdipienne et d’ouvrir la lecture vers les formes culturelles du désir, de la peur et de la liberté.
  • Nicole Belmont, Poétique du conte. Essai sur le conte de tradition orale, Paris, Gallimard, 1999.
    Compte rendu sur OpenEdition
    Référence importante pour garder le lien avec la tradition orale. L’intérêt psychologique du conte ne se réduit pas à son interprétation : il tient aussi à sa forme, à ses images, à sa transmission, à son rythme et à la manière dont le récit se rêve avant de se dire.

Conte, médiation clinique et psychothérapie de l’enfant

  • Pierre Lafforgue, Petit Poucet deviendra grand : soigner avec le conte, Paris, Payot, 2002.
    Notice de bibliothèque
    Ouvrage central pour comprendre l’usage du conte auprès d’enfants en difficulté de maturation, d’enfants psychotiques ou autistes. Le conte y apparaît comme médiation structurante : il donne forme à des angoisses, installe un cadre symbolique et permet de partager des images psychiques sans confrontation directe.
  • Pierre Lafforgue, notice d’auteur dans la Base SantéPsy.
    Notice SantéPsy
    Repère documentaire utile pour retrouver les travaux liés au conte, à la psychothérapie, à l’autisme infantile, à l’atelier d’expression et aux médiations symboliques.
  • René Diatkine, « Le dit et le non-dit dans les contes merveilleux », dans Conte en bibliothèque, Éditions du Cercle de la Librairie.
    Notice Cairn.info
    Texte bref mais précieux pour comprendre ce que le conte donne à entendre sans tout expliquer. Le conte laisse place à l’implicite, aux silences, aux images, aux affects déplacés : cette réserve fait partie de sa puissance psychique.
  • Caroline Forissier, « Fonction contenante dans un groupe utilisant le conte comme médiation avec des patients adultes souffrant d’autisme et de psychose infantile », Cliniques, 2016/1, n° 11, p. 164-178.
    Article sur Cairn.info
    Article clinique utile pour comprendre la fonction contenante d’un groupe à médiation conte. Le conte ne sert pas seulement de matériau symbolique : il contribue aussi à créer une enveloppe groupale, un espace partagé et un cadre psychique plus stable.

Storytelling thérapeutique, métaphores et récits de soin

  • Margot Sunderland, Using Story Telling as a Therapeutic Tool with Children, Londres, Speechmark / Routledge, édition récente 2017.
    Notice de l’Institute for Arts in Therapy and Education
    Guide pratique centré sur le récit comme outil thérapeutique auprès des enfants. Intéressant pour comprendre comment répondre au récit d’un enfant, comment construire une histoire thérapeutique et comment soutenir l’expression des émotions.
  • George W. Burns, 101 Healing Stories for Kids and Teens : Using Metaphors in Therapy, Hoboken, Wiley, 2004.
    Notice Google Books
    Référence anglo-saxonne très utile sur les métaphores thérapeutiques. L’ouvrage propose des repères concrets pour utiliser des histoires avec des enfants et adolescent·e·s, en lien avec le jeu, l’art-thérapie, la thérapie orientée solution, certaines approches cognitivo-comportementales ou hypnotiques.
  • Susan Perrow, Therapeutic Storytelling : 101 Healing Stories for Children, Stroud, Hawthorn Press, 2012.
    Présentation PDF de l’éditeur
    Ressource tournée vers les récits de soutien pour enfants : peur, séparation, colère, anxiété, comportement difficile, transitions. L’intérêt principal tient à la fabrication d’histoires simples, imagées et indirectes, qui permettent d’aborder une difficulté sans enfermer l’enfant dans une explication frontale.
  • Pia Jones et Sarah Pimenta, Therapeutic Fairy Tales : For Children and Families Going Through Troubling Times, Routledge, 2021.
    Notice Routledge
    Ensemble de contes thérapeutiques contemporains destinés à accompagner des enfants et familles confrontés à des situations difficiles : séparation, maladie grave, deuil, dépression parentale. Utile pour comprendre comment un récit symbolique peut soutenir la santé émotionnelle sans discours psychologique explicite.

Psychiatrie narrative et place du récit dans le soin

  • Jacques Hochmann, Introduction à une psychiatrie narrative : de l’événement au récit, Paris, Odile Jacob, 2025.
    Notice Odile Jacob
    Ouvrage récent pour situer la place du récit dans la psychiatrie. Hochmann défend une clinique attentive à l’histoire personnelle, aux récits de cas, à la subjectivité et à la mise en forme narrative de l’expérience psychique.
  • Pierre Delion, « Introduction à une psychiatrie narrative. De l’évènement au récit. Jacques Hochmann – Odile Jacob, 2025 », Le Carnet Psy, 2026/1, n° 285, p. 15-16.
    Notice Cairn.info
    Compte rendu utile pour replacer le livre de Hochmann dans les débats contemporains entre neurosciences, psychopathologie, subjectivité et pratiques narratives.

Repères critiques pour éviter les lectures trop mécaniques

  • Alan Dundes, Interpreting Folklore, Bloomington, Indiana University Press, 1980.
    Notice Google Books
    Ouvrage important pour comprendre l’interprétation du folklore sans réduire le conte à un seul code psychologique. Dundes rappelle que le conte appartient aussi à une culture, une tradition, une circulation collective et des formes de transmission.
  • Maria Tatar, The Annotated Classic Fairy Tales, New York, Norton, 2002.
    Notice W. W. Norton
    Référence utile pour replacer les interprétations psychologiques dans l’histoire des textes, des versions et des éditions. Les contes changent selon les collectes, les réécritures, les publics et les contextes culturels.
  • Jack Zipes, Fairy Tales and the Art of Subversion, Londres/New York, Routledge, édition révisée.
    Notice Routledge
    Repère critique pour ne pas isoler la lecture psychologique des dimensions historiques, sociales et politiques du conte. Les récits merveilleux parlent aussi d’éducation, d’autorité, de genre, de pouvoir, de transmission et de normes sociales.

À retenir

  • Pour comprendre l’imaginaire psychique de l’enfant : Bettelheim, von Franz, Fromm.
  • Pour lire les contes dans une perspective jungienne : Jung, von Franz.
  • Pour les médiations cliniques avec enfants ou adultes : Lafforgue, Sunderland, Burns, Forissier.
  • Pour la psychiatrie narrative : Hochmann et Delion.
  • Pour garder une distance critique : Dundes, Tatar, Zipes, Belmont.