Claude Lévi-Strauss
Structuralisme, mythes, contes et oppositions symboliques
Claude Lévi-Strauss occupe une place décisive dans l’histoire du structuralisme. Son intérêt pour la lecture des contes merveilleux ne tient pas à une classification des contes-types, ni à une morphologie des fonctions comparable à celle de Propp. Il tient à une autre manière de lire les récits : non plus seulement selon la suite des épisodes, mais selon les oppositions, les transformations et les rapports de sens qui traversent plusieurs versions.
Appliquée aux contes merveilleux, la perspective lévi-straussienne invite à regarder les éléments du récit dans leurs relations les uns avec les autres. Un animal, un arbre, un astre, un aliment, un lieu, une matière, un rang social ou un lien de parenté n’a pas seulement une valeur par lui-même. Il prend sens par les contrastes qu’il forme avec d’autres éléments : le haut et le bas, le proche et le lointain, la maison et la forêt, la cendre et l’or, l’humain et l’animal, le parent et l’étranger.
Une autre manière de lire les récits
Propp décrit le conte merveilleux selon l’ordre des fonctions. Lévi-Strauss déplace le regard. Il cherche les rapports entre les unités du récit, les transformations d’un récit à l’autre et les oppositions que les récits tentent de penser.
Cette différence peut se résumer par deux termes :
| Approche | Question principale | Effet pour la lecture |
|---|---|---|
| Syntagmatique | Dans quel ordre les épisodes se succèdent-ils ? | On suit la chaîne narrative : départ, don, combat, retour, reconnaissance. |
| Paradigmatique | Quelles oppositions et transformations organisent le récit ? | On compare les éléments, les versions et les codes pour comprendre la logique symbolique. |
Pour Lévi-Strauss, un récit ne livre pas tout son sens dans son déroulement linéaire. Certaines relations deviennent visibles lorsqu’on juxtapose les épisodes, les variantes, les personnages et les objets selon des axes de contraste : haut/bas, cru/cuit, nature/culture, homme/femme, aîné/cadet, proche/lointain, monde humain/monde non humain.
Structure et forme : distinction de départ
Dans « La Structure et la forme » (voir bibliographie), Lévi-Strauss prend la Morphologie du conte de Propp comme point de départ d’une discussion sur les méthodes d’analyse du récit. Il reconnaît la force de la découverte proppienne : les contes merveilleux peuvent être décrits par des fonctions récurrentes, organisées selon une progression relativement stable.
La divergence porte sur la manière de comprendre cette organisation. Lévi-Strauss distingue la forme, qui risque de séparer le schéma narratif de ce qu’il organise, et la structure, qui doit intégrer les éléments du récit dans un système de relations. Cette distinction prépare la polémique avec Propp, développée plus loin dans la section consacrée au débat entre forme, structure et contenu.
| Terme | Définition dans le débat | Conséquence pour les contes merveilleux |
|---|---|---|
| Forme | Schéma abstrait des fonctions et de leur ordre. | Elle permet de décrire la progression du conte, mais peut laisser de côté la valeur des personnages, objets, lieux ou matières. |
| Structure | Organisation des relations entre fonctions, figures, attributs, objets, lieux et oppositions symboliques. | Elle oblige à examiner pourquoi tel animal, telle matière, tel lieu ou tel lien de parenté intervient dans une version donnée. |
| Contenu | Ensemble des figures, attributs, objets, lieux, matières, statuts et relations de parenté qui réalisent le récit. | Il n’est pas un simple habillage du schéma : il participe à la construction du sens. |
Cette section fixe le vocabulaire du débat. La discussion détaillée de la polémique Propp / Lévi-Strauss est traitée dans la section « La polémique avec Propp : forme, structure et contenu ».
Mythe et conte : différence de degré plutôt que rupture absolue
Lévi-Strauss refuse de séparer trop brutalement mythe et conte. Les deux genres peuvent coexister dans une même société. Ils peuvent partager des personnages, des motifs et des oppositions. Un récit peut même fonctionner comme mythe dans un contexte et comme conte dans un autre.
La différence porte surtout sur l’intensité des oppositions. Les mythes mobilisent souvent de grandes oppositions cosmologiques, métaphysiques ou naturelles. Les contes travaillent plus fréquemment des oppositions locales, sociales ou morales. Les contes apparaissent alors comme des formes à plus petite échelle, plus libres, plus ouvertes aux permutations.
| Genre | Type d’oppositions | Exemples possibles |
|---|---|---|
| Mythe | Oppositions fortes, souvent cosmologiques ou ontologiques. | Ciel/terre, vie/mort, nature/culture, cru/cuit, origine des humains, apparition du feu. |
| Conte merveilleux | Oppositions plus localisées, sociales, morales ou domestiques. | Aîné/cadet, pauvre/riche, cendre/or, maison/forêt, vrai héros/faux héros, humiliation/reconnaissance. |
Cette approche permet de lire les contes merveilleux comme des récits capables de reprendre, de réduire, de déplacer ou de miniaturiser des problèmes que le mythe traite à une autre échelle.
La notion de transformation
La transformation est l’un des concepts les plus utiles de Lévi-Strauss pour l’étude des contes. Un récit ne s’explique pas seulement par lui-même. Il devient intelligible lorsqu’on le compare à d’autres récits qui inversent, déplacent, remplacent ou convertissent certains éléments.
Une fonction proppienne peut ainsi être relue comme transformation d’une autre fonction. L’interdiction et sa transgression forment une paire. Le départ et le retour peuvent être pensés comme deux formes opposées d’une disjonction. La quête, où le héros poursuit un objet, peut être mise en relation avec la poursuite, où le héros est lui-même poursuivi.
L’intérêt de cette lecture est de réduire une liste d’épisodes à un petit nombre de relations. Le risque associé est réel : l’analyse peut s’éloigner de la progression concrète du conte si elle transforme trop vite les épisodes en oppositions abstraites.
Mythèmes, codes et lecture matricielle
Lévi-Strauss travaille avec la notion de mythème. Le mythème n’est pas un simple motif isolé. Il correspond à une petite unité de relation, souvent de type sujet – prédicat, inscrite dans un système d’oppositions. Un animal, un lieu ou un personnage ne vaut pas seulement par son nom : il vaut par les différences qu’il entretient avec d’autres animaux, lieux ou personnages.
L’analyse structurale ne se contente donc pas d’une lecture horizontale du récit. Elle ajoute une lecture verticale ou matricielle. Les épisodes sont regroupés selon des codes : géographique, économique, sociologique, cosmologique, sexuel, alimentaire, familial, politique.
| Code | Question posée au récit | Exemples pour les contes merveilleux |
|---|---|---|
| Géographique | Comment les lieux s’opposent-ils ? | Maison/forêt, village/château, monde humain/Autre Monde, haut/bas. |
| Sociologique | Quels statuts sont mis en tension ? | Roi/paysan, aîné/cadet, belle-mère/enfant, maître/serviteur, riche/pauvre. |
| Familial | Quelles relations de parenté structurent le conflit ? | Frères rivaux, sœur persécutée, père donneur, belle-mère hostile, enfant promis. |
| Cosmologique | Quels mondes ou plans de réalité sont reliés ? | Ciel, souterrain, mer, montagne de verre, soleil, lune, royaume des morts. |
| Matériel et poétique | Quelles matières portent l’opposition ? | Cendre/or, peau/plume, bois/métal, obscurité/lumière, pierre/verre. |
L’exemple d’Asdiwal : une méthode appliquée
« La geste d’Asdiwal » donne un exemple concret de méthode structurale. Lévi-Strauss y examine plusieurs versions d’un récit tsimshian. Il distingue des codes géographiques, techno-économiques, sociologiques et cosmologiques. Le récit n’est donc pas lu comme une intrigue autonome. Il est relié à des formes de résidence, à des activités de chasse, à des oppositions entre directions, mondes et positions sociales.
Cette méthode a un intérêt direct pour les contes merveilleux. Elle invite à ne pas isoler l’histoire racontée de son univers de références. Une forêt, un château, une rivière, une montagne, une peau animale ou une plume d’oiseau peuvent relever de codes multiples. Un même épisode peut articuler un passage spatial, une transformation statutaire, une opposition familiale et une médiation entre mondes.
Le lecteur gagne à poser une question simple devant chaque scène forte : quel système d’oppositions cette scène rend-elle visible ?
Ce que Lévi-Strauss apporte à la lecture des contes merveilleux
Lévi-Strauss devient particulièrement utile lorsque la succession des épisodes ne suffit plus à rendre compte du récit. Propp aide à suivre l’ordre des fonctions. Lévi-Strauss invite à examiner les relations transversales : oppositions, substitutions, médiations et transformations entre versions.
- Prendre au sérieux le contenu concret : objets, animaux, couleurs, matières, lieux et positions sociales peuvent organiser le sens d’une version.
- Comparer les variantes : le remplacement d’un animal, d’un lieu, d’une sœur, d’une fiancée ou d’un objet peut révéler une transformation structurée.
- Identifier les oppositions actives : cendre/or, maison/forêt, humain/animal, visible/invisible, vrai héros/faux héros, interdit/transgression.
- Lire les médiations : le conte peut construire un passage entre pauvreté et royauté, animalité et humanité, mort et vie, monde domestique et Autre Monde.
- Articuler conte et mythe avec prudence : certains motifs merveilleux prennent plus de relief lorsqu’ils sont rapprochés de récits mythiques ou de croyances voisines.
L’apport principal de Lévi-Strauss est de faire lire les détails du conte comme des relations, et non comme de simples ornements narratifs.
Exemples de lectures structurales de contes merveilleux
| Conte ou famille de contes | Lecture proppienne | Lecture inspirée de Lévi-Strauss |
|---|---|---|
| AT 300 – Le tueur de dragon | Méfait, départ, combat, victoire, preuve, reconnaissance. | Oppositions entre humain et monstre, eau et sécheresse, victime offerte et victime délivrée, exploit caché et reconnaissance publique. |
| Cendrillon | Persécution initiale, aide surnaturelle, bal, épreuve de reconnaissance, mariage. | Oppositions entre cendre et éclat, bas foyer domestique et haut espace princier, invisibilité sociale et apparition glorieuse, haillons et parure lumineuse. |
| AT 313 – La fille du diable | Tâches impossibles, aide de l’héroïne, fuite magique, retour. | Oppositions entre monde humain et monde diabolique, contrainte et alliance, tâche imposée et savoir magique, poursuite et franchissement définitif d’un seuil. |
| Contes de fiancée animale ou surnaturelle | Rencontre, interdit, transgression, perte, quête de récupération. | Oppositions entre peau et corps humain, animalité et mariage, secret et révélation, alliance fragile et séparation. |
| Contes de frères ou sœurs transformé·e·s | Sortilège, quête, épreuve, délivrance. | Oppositions entre parenté humaine et forme animale, parole et silence, fidélité familiale et séparation imposée. |
Ces lectures restent des exemples, non des modèles à reproduire mécaniquement. Elles doivent toujours être contrôlées par les versions disponibles. Une opposition ne doit pas être plaquée sur le récit. Elle doit être portée par les épisodes, les objets, les substitutions et les variantes.
La polémique avec Propp : forme, structure et contenu
La discussion entre Propp et Lévi-Strauss occupe une place importante dans l’histoire de l’analyse des contes. Dans « La structure et la forme », Lévi-Strauss commente la Morphologie du conte après sa traduction anglaise. Le texte commence par un hommage appuyé : Propp est présenté comme un précurseur majeur, dont plusieurs intuitions annoncent les recherches structurales ultérieures. La polémique naît pourtant d’un désaccord de fond sur la relation entre forme, structure et contenu.
Pour Propp, l’analyse scientifique du conte merveilleux doit d’abord isoler les fonctions constantes. Les personnages, leurs attributs, les objets ou les lieux varient, tandis que les actions fondamentales se répètent selon un ordre relativement stable. Cette méthode donne une puissance descriptive considérable : elle permet de reconnaître une grammaire narrative derrière la diversité des versions.
Lévi-Strauss estime cependant que Propp maintient une séparation trop forte entre la forme et le contenu. Selon lui, le choix d’un animal, d’un lieu, d’une matière ou d’un lien de parenté ne relève pas d’un simple habillage interchangeable. Le contenu du conte doit être analysé comme un système de différences : un aigle, un hibou, un corbeau, un arbre, une montagne, une cendre ou une parure ne prennent sens qu’en relation avec d’autres éléments du récit, avec des variantes voisines et avec les classifications symboliques disponibles dans une culture.
| Point du débat | Position de Propp | Réponse de Lévi-Strauss |
|---|---|---|
| Unité principale | La fonction narrative, définie par l’action et par sa place dans la séquence. | La relation structurale : opposition, corrélation, substitution ou transformation. |
| Personnages et attributs | Ils supportent les fonctions et peuvent varier largement. | Leur variation n’est pas arbitraire : elle peut obéir à des systèmes d’oppositions culturelles. |
| Ordre du récit | La succession des fonctions constitue l’armature du conte merveilleux. | La séquence compte, mais elle doit être complétée par une lecture matricielle des relations. |
| Mythe et conte | Le conte peut être rapproché du mythe, mais l’analyse part du corpus des contes merveilleux russes. | Mythe et conte appartiennent à un même champ de transformations ; le conte travaille souvent des oppositions plus locales, sociales ou morales. |
| Risque méthodologique | Le classement peut devenir trop abstrait si toutes les variantes sont ramenées à une seule morphologie. | L’analyse peut devenir trop spéculative si elle multiplie les oppositions sans contrôle par les versions. |
Le point le plus fécond de la discussion concerne la permutabilité du contenu. Propp montre que des personnages différents peuvent accomplir une même fonction. Lévi-Strauss accepte ce constat, mais en tire une autre conséquence : si les contenus sont permutables, ils ne sont pas pour autant indifférents. Une substitution entre deux animaux, deux lieux, deux matières ou deux statuts sociaux peut révéler une opposition structurée. Le contenu devient alors analysable au même titre que la forme.
Lévi-Strauss critique aussi la succession strictement chronologique des fonctions. Certaines fonctions distinguées par Propp peuvent être lues comme des transformations les unes des autres : interdiction et transgression, départ et retour, quête et poursuite, combat et tâche difficile, traître et faux héros, marque et reconnaissance. Le conte ne se présente plus seulement comme une ligne d’épisodes, mais comme une matrice de relations.
Pour la lecture des contes merveilleux, cette polémique invite à combiner les deux démarches. Propp reste indispensable pour suivre la progression narrative : manque, départ, don, épreuve, victoire, retour, reconnaissance. Lévi-Strauss devient utile lorsque l’on veut comprendre pourquoi une version choisit tel animal, tel objet, telle matière, tel lieu ou telle relation familiale plutôt qu’un autre. La première approche décrit le mouvement du récit. La seconde interroge les systèmes d’oppositions qui donnent leur valeur aux éléments concrets.
La querelle a aussi une dimension personnelle. Propp reçut le texte de Lévi-Strauss comme une attaque, alors que Lévi-Strauss le présentait comme une discussion critique rendue possible par une découverte majeure. Cette tension explique la vivacité de l’échange, mais elle ne doit pas masquer l’enjeu principal : savoir si l’analyse du conte peut séparer durablement la syntaxe narrative et le contenu symbolique.
Les critiques de Dundes : oppositions binaires et genres narratifs
Alan Dundes a relu le débat Propp/Lévi-Strauss en soulignant un point sensible. Les oppositions binaires ne sont pas propres aux mythes. On les trouve dans les contes, les proverbes, les devinettes, les malédictions et de nombreux autres genres folkloriques. Leur présence ne suffit donc pas à définir le mythe.
Dundes critique aussi l’usage parfois flottant des catégories de genre chez Lévi-Strauss. Plusieurs récits traités comme mythes relèvent, selon les définitions folkloristiques, du conte ou de la légende. Cette remarque est importante pour les contes merveilleux. Elle invite à utiliser Lévi-Strauss sans effacer les distinctions entre mythe, conte, légende et récit facétieux.
- Point conservé : les oppositions binaires sont utiles pour analyser la pensée narrative.
- Point corrigé : elles ne définissent pas à elles seules le mythe.
- Conséquence pour les contes : un conte merveilleux peut porter des oppositions fortes, parfois aussi fortes que celles d’un mythe.
- Précaution : l’analyse structurale doit respecter les genres, les contextes et les usages sociaux du récit.
Limites de la méthode structuraliste
La méthode de Lévi-Strauss reste féconde, mais elle comporte plusieurs limites pour l’étude des contes merveilleux.
| Limite | Risque | Précaution de lecture |
|---|---|---|
| Abstraction forte | Transformer trop vite les scènes en oppositions générales. | Partir des détails concrets de la version avant de construire l’opposition. |
| Faible attention à la séquence | Minimiser l’ordre narratif, pourtant essentiel dans le conte merveilleux. | Conserver l’analyse proppienne de la progression. |
| Genre parfois flottant | Traiter conte, mythe et légende comme des matériaux équivalents. | Vérifier le statut narratif, le contexte de collecte et la classification folkloristique. |
| Comparatisme très large | Rapprocher des récits éloignés sans médiations suffisantes. | Privilégier d’abord les variantes proches, puis élargir avec prudence. |
| Oppositions binaires généralisées | Voir partout des couples de contraires. | Ne retenir une opposition que si elle organise réellement plusieurs éléments du récit. |
| Peu de place pour la performance | Oublier le conteur ou la conteuse, le public, la veillée, la langue, le style oral. | Compléter l’analyse structurale par l’étude des versions et de la collecte. |
Procédure de lecture inspirée de Lévi-Strauss
Cette procédure transforme les principes structuralistes en gestes de lecture. Elle doit rester subordonnée aux versions disponibles et aux détails effectivement présents dans le récit.
- Identifier le conte-type ou la famille de versions. La typologie AT/ATU donne un premier repère.
- Lire la séquence narrative. Propp aide à repérer manque, départ, don, combat, retour, reconnaissance.
- Relever les éléments concrets. Animaux, matières, couleurs, lieux, directions, parenté, objets et interdits.
- Comparer les variantes. Chercher ce qui se substitue à quoi : oiseau/cygne, peau/plume, cendre/or, forêt/château, sœur/fiancée.
- Repérer les oppositions actives. Ne retenir que celles qui organisent réellement plusieurs scènes.
- Observer les médiations. Le conte produit souvent un passage : pauvre devient reconnu, animal redevient humain, mort redevient vivant, monde fermé s’ouvre.
- Contrôler par le contexte. Lieux, collectes, conteur·euse·s, langue et traditions voisines empêchent les lectures trop abstraites.
Une lecture inspirée de Lévi-Strauss est utile lorsqu’elle révèle des relations que la simple suite des épisodes ne montre pas. Elle devient fragile lorsqu’elle impose au récit un schéma extérieur.
Place de Lévi-Strauss parmi les théoriciens du conte
| Auteur | Point d’appui | Apport spécifique de Lévi-Strauss |
|---|---|---|
| Benfey | Diffusion historique des récits. | Déplacement vers les structures de pensée et les transformations symboliques. |
| Cosquin | Comparaison internationale des versions. | Comparaison organisée par des oppositions et des matrices de transformation. |
| Tylor et Lang | Survivances, animisme, croyances anciennes. | Lecture des récits comme systèmes logiques plutôt que comme simples survivances. |
| Propp | Fonctions et ordre du conte merveilleux. | Réintégration du contenu concret, des personnages et des attributs dans la structure. |
| Greimas | Actants, programme narratif, quête, épreuve, sanction. | Cadre plus anthropologique, centré sur mythes, transformations et codes culturels. |
| Meletinsky | Poétique historique, motif comme micro-sujet, transformations du mythe au conte. | Meletinsky prolonge plusieurs intuitions structuralistes en les réinscrivant dans l’histoire des genres. |
Synthèse courte pour lecteur non spécialiste
Claude Lévi-Strauss ne propose pas une classification des contes merveilleux. Il propose une méthode pour comprendre les récits comme des systèmes de relations. Un conte ne se lit pas seulement de gauche à droite, épisode après épisode. Il se lit aussi par oppositions et transformations.
Son apport principal consiste à réintégrer le contenu concret dans l’analyse. Le choix d’un animal, d’un arbre, d’une couleur, d’un métal, d’un lieu ou d’un statut social peut avoir une valeur. Ces éléments forment des contrastes : haut et bas, cendre et or, maison et forêt, humain et animal, vrai héros et faux héros, interdit et transgression.
Pour les contes merveilleux, cette méthode est précieuse si elle reste prudente. Elle complète Propp sans le remplacer. Propp décrit l’ordre des fonctions. Lévi-Strauss aide à comprendre les oppositions symboliques, les variantes et les transformations qui donnent au récit sa profondeur.
Repères bibliographiques
Textes de Lévi-Strauss
- Claude Lévi-Strauss, « The Structural Study of Myth », Journal of American Folklore, 1955.
- Claude Lévi-Strauss, « La geste d’Asdiwal », 1958-1959.
- Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1958.
- Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale deux, Paris, Plon, 1973.
- Claude Lévi-Strauss, Mythologiques, 4 volumes, Paris, Plon, 1964-1971.
Débat avec Propp
- Claude Lévi-Strauss, « La Structure et la forme. Réflexions sur un ouvrage de Vladimir Propp », Cahiers de l’Institut de science économique appliquée, n° 9, mars 1960, p. 3-36 ; repris dans Anthropologie structurale deux, Paris, Plon, 1973, p. 139-173.
- Claude Lévi-Strauss, « Structure and Form : Reflections on a Work by Vladimir Propp », trad. Monique Layton, dans Vladimir Propp, Theory and History of Folklore, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1984, p. 167-188.
- Serge Shishkoff, « The Structure of Fairytales : Propp vs Lévi-Strauss », Dispositio, año 1, n° 3, 1976, p. 271-276.
- Alan Dundes, « Binary Opposition in Myth : The Propp/Lévi-Strauss Debate in Retrospect », Western Folklore, 1997.
Études et discussions utilisées
- Mireille Marc-Lipiansky, « Le structuralisme en question », Archives de Philosophie, 1975.