Le catalogue

Catalogue raisonné – Conte populaire français – Delarue-Tenèze

Le catalogue Delarue-Tenèze : comprendre Le Conte populaire français

Le Conte populaire français de Paul Delarue et Marie-Louise Tenèze est l’un des grands instruments de travail pour l’étude des contes de tradition orale en France et dans les pays de langue française. Il ne se présente pas comme un simple recueil de récits, mais comme un catalogue raisonné : chaque conte-type y est identifié, résumé, décomposé, comparé et rattaché à ses versions connues.

À retenir

  • Le catalogue Delarue-Tenèze recense les versions de France et des pays de langue française d’outre-mer : Canada, Louisiane, îlots français des États-Unis, Antilles françaises, Haïti, Île Maurice et La Réunion.
  • Il s’appuie sur la classification internationale Aarne-Thompson, tout en adaptant les titres et les analyses aux formes françaises.
  • Chaque notice de conte-type combine une version caractéristique, une décomposition en épisodes et éléments, une liste de versions, puis des remarques.
  • Le tome I, préparé par Paul Delarue, paraît après sa mort. Marie-Louise Tenèze poursuit le chantier à partir de ses fichiers, de ses dépouillements et de sa méthode.
  • Le catalogue ne résout pas à lui seul les problèmes historiques, poétiques ou structuraux du conte : il fournit une base documentaire pour les poser avec méthode.

Fonctions principales

Identifier

Rattacher une version particulière à un conte-type reconnu dans la classification internationale.

Comparer

Mettre en regard les versions françaises et francophones, en repérant épisodes communs, variantes et contaminations.

Documenter

Donner les références bibliographiques ou manuscrites, les provenances et les remarques utiles à la recherche.

Institutionnaliser

Faire passer l’étude des contes d’un travail dispersé de collecte vers un chantier scientifique porté par musée, CNRS et laboratoires d’anthropologie.

Clé de lecture rapide

Une notice du catalogue peut être lue comme une fiche scientifique du conte-type. Elle ne remplace pas les versions elles-mêmes, mais elle donne le plan de leur comparaison.

Élément de la notice Rôle dans le catalogue
Numéro et titre Identifier le conte-type selon Aarne-Thompson et selon l’usage français lorsque le titre international ne convient pas.
Version caractéristique Donner un contact direct avec un récit vivant, souvent issu d’un manuscrit ou d’une source peu accessible.
Décomposition Diviser le conte-type en épisodes, scènes et éléments variables pour comparer les versions.
Liste des versions Présenter les attestations françaises et francophones, avec leurs références et leur analyse codée.
Remarques Signaler les traits importants, les rapprochements, les formes françaises et les jalons littéraires.
1. Nature de l’ouvrage : un catalogue raisonné, pas un recueil de contes

Le Conte populaire français est un catalogue raisonné. Il ne cherche pas d’abord à offrir une anthologie agréable à lire, même s’il reproduit ou résume des récits. Sa fonction première est de classer les versions françaises et francophones selon les contes-types, d’en comparer les variantes et de fournir une base documentaire fiable.

Le lecteur y trouve donc une organisation en notices. Chaque notice correspond à un conte-type ou à une subdivision de conte-type. Le catalogue fait apparaître les relations entre versions, les éléments stables, les variantes régionales, les contaminations et les rapprochements internationaux.

Point essentiel : le catalogue ne donne pas « le » texte d’un conte. Il rassemble les attestations connues d’un conte-type et propose un instrument pour comprendre leur organisation.
2. Histoire éditoriale : de Paul Delarue à Marie-Louise Tenèze

Le tome I du catalogue paraît au printemps 1957, quelques mois après la mort de Paul Delarue. La note liminaire est signée par Georges Henri Rivière, conservateur et muséologue, fondateur du Musée national des arts et traditions populaires en 1937. Figure centrale de la muséologie française du XXe siècle, il fut aussi l’un des promoteurs du musée-laboratoire et directeur de l’ICOM de 1948 à 1965. Dans cette note, il rappelle que Paul Delarue avait lui-même désigné Marie-Louise Tenèze comme la personne sur laquelle il comptait pour poursuivre l’ouvrage.

Marie-Louise Tenèze reprend ensuite le chantier à partir de plusieurs appuis : le tome I comme modèle, les fichiers de Paul Delarue légués au Musée des arts et traditions populaires, les dépouillements déjà accomplis, les notes inédites et les commentaires préparés par Paul Delarue pour d’autres publications.

Dans l’introduction du tome II, Marie-Louise Tenèze indique que les fiches de Paul Delarue, classées selon la numérotation Aarne-Thompson, fournissaient au départ la liste des versions pour chaque conte-type. En revanche, la décomposition en éléments et l’analyse des versions en fonction de ces décompositions restaient à faire pour le tome II.

Conséquence : le catalogue Delarue-Tenèze est à la fois un héritage et une continuation. Paul Delarue fonde le chantier documentaire et méthodologique ; Marie-Louise Tenèze en assure la poursuite, l’extension et la formalisation analytique.
3. Cadre institutionnel : école, sociétés savantes, musée-laboratoire, CNRS et anthropologie

Le catalogue Delarue-Tenèze ne naît pas dans une chaire universitaire classique. Il s’inscrit dans un espace de recherche plus composite, situé entre l’école républicaine, les sociétés savantes, le CNRS, le Musée national des arts et traditions populaires et, plus tard, les laboratoires d’anthropologie.

Paul Delarue : un instituteur-chercheur intégré tardivement aux réseaux savants

Paul Delarue n’est pas d’abord un universitaire de carrière. Instituteur, puis directeur d’école, il mène pendant près de trente ans un travail considérable sur la littérature orale, en particulier sur le conte populaire. Les notices contemporaines soulignent qu’il travailla longtemps sans appuis institutionnels solides, sauf dans les dernières années grâce au soutien du Musée national des arts et traditions populaires.

Son insertion dans les réseaux savants passe notamment par la Société d’ethnographie française, dont il devient vice-président, par la Commission internationale des arts et traditions populaires et par les milieux qui entourent la revue Arts et traditions populaires. Le catalogue se développe donc à la jonction d’un travail personnel de longue durée, d’un réseau savant ethnographique et du soutien croissant d’institutions nationales.

Le Musée national des arts et traditions populaires : un musée-laboratoire

Le Musée national des arts et traditions populaires est créé en 1937 autour de Georges-Henri Rivière. Il ne s’agit pas seulement d’un musée de conservation. Dès l’origine, l’institution est pensée comme un musée-laboratoire, associant collecte, documentation, recherche et valorisation des cultures populaires françaises.

Après 1945, le musée dispose d’un laboratoire d’ethnographie française, dirigé par Marcel Maget. La création de la Société d’ethnographie française et de son périodique Arts et traditions populaires insère les chercheur·euse·s du musée dans des réseaux savants. En 1966, la convention entre le CNRS et la Direction des musées de France marque la création du Centre d’ethnologie française, laboratoire associé au musée.

Précision terminologique : le titre exact du périodique lié à ce milieu institutionnel est Arts et traditions populaires, publié de 1953 à 1970, avant de devenir Ethnologie française. Il ne doit pas être confondu avec la Revue des traditions populaires, organe plus ancien de la Société des traditions populaires fondée par Paul Sébillot, ni avec la Nouvelle revue des traditions populaires, publication brève de l’après-guerre.

Marie-Louise Tenèze : CNRS, Musée des ATP et Centre d’ethnologie française

Marie-Louise Tenèze poursuit le catalogue dans un cadre institutionnel plus nettement structuré que celui dont avait disposé Paul Delarue. La note liminaire du tome I la présente comme attachée de recherches au Laboratoire d’ethnographie française dirigé par Marcel Maget, collaboratrice du Musée des arts et traditions populaires et du périodique Arts et traditions populaires.

Dans le tome II, Marie-Louise Tenèze remercie ses directeurs de recherche, Marcel Maget et Georges-Henri Rivière, ainsi que ses collègues du Musée ATP. Elle signe comme chargée de recherche au CNRS et chargée du Département de littérature du Musée national des arts et traditions populaires. Le catalogue est ainsi inséré dans une véritable infrastructure scientifique : fichiers, bibliothèque, revue, département de littérature orale, collègues collecteur·rice·s, collaborations canadiennes et soutien du CNRS.

RCP Aubrac et passage de l’archive au terrain

Les années 1960 ajoutent une dimension nouvelle. Les Recherches coopératives sur programme du CNRS, notamment l’enquête sur l’Aubrac, placent la littérature orale dans un cadre pluridisciplinaire. Marie-Louise Tenèze y conduit une enquête de littérature orale, au contact direct des conteur·euse·s, des langues régionales et des contextes sociaux de transmission.

Ce passage de l’archive au terrain explique une partie de l’évolution de son travail : le catalogue reste l’outil de classement, mais l’étude du conte s’ouvre davantage aux conditions concrètes de production, de transmission et de performance.

De Paris à Toulouse : Centre d’anthropologie sociale et LISST

Après les travaux de Paul Delarue et de Marie-Louise Tenèze dans le cadre parisien du Musée national des arts et traditions populaires et du Centre d’ethnologie française, le chantier du catalogue est transféré à Toulouse au début des années 1990. Il est accueilli par le Centre d’anthropologie sociale, puis par le LISST, dans un cadre associant notamment l’EHESS, le CNRS et l’Université Toulouse-Jean Jaurès.

Josiane Bru y reprend le chantier, en collaboration avec Marie-Louise Tenèze pour le volume des Contes-nouvelles, publié en 2000 aux Éditions du C.T.H.S. et correspondant aux contes-types 850 à 999 de la classification Aarne-Thompson, puis pour le prolongement et l’actualisation du catalogue. Le catalogue passe ainsi d’un cadre de folklore savant et de musée-laboratoire à un cadre d’anthropologie sociale et de recherche universitaire contemporaine.

Synthèse : le catalogue Delarue-Tenèze est un objet institutionnel hybride. Il naît du travail d’un instituteur-chercheur, se consolide dans le musée-laboratoire des Arts et traditions populaires, se poursuit au CNRS avec Marie-Louise Tenèze, puis rejoint à Toulouse un cadre d’anthropologie sociale où Josiane Bru en reprend la suite.
4. Champ couvert : France et pays de langue française

Le titre complet précise le champ de l’ouvrage : Catalogue raisonné des versions de France et des pays de langue française d’outre-mer. Le catalogue ne se limite donc pas à la France métropolitaine.

Le périmètre annoncé comprend notamment :

  • la France métropolitaine ;
  • le Canada francophone ;
  • la Louisiane ;
  • les îlots français des États-Unis ;
  • les Antilles françaises ;
  • Haïti ;
  • l’Île Maurice ;
  • La Réunion.

Cette extension est importante pour comprendre l’histoire de la diffusion des récits. Les contes de langue française ont circulé avec les migrations, les colonies, les contacts linguistiques et les transmissions familiales ou communautaires.

5. Méthode de classement : Aarne-Thompson et adaptation française

Le catalogue s’appuie sur la classification internationale Aarne-Thompson. Cette classification donne un numéro aux grands contes-types, ce qui permet de comparer les versions françaises avec les versions connues dans d’autres traditions.

Marie-Louise Tenèze explique, dans l’introduction du tome II, que le catalogue national a été aligné sur la nouvelle édition de la classification Aarne-Thompson de 1961. Cet alignement a parfois obligé à reprendre certains contes-types en fonction de leur éclatement en plusieurs types.

Le catalogue ne suit toutefois pas mécaniquement la terminologie internationale. Un titre français distinct est retenu lorsque le titre international ne correspond pas bien à la forme française du conte-type, ou lorsque l’usage français a consacré un titre particulier, souvent sous l’influence d’une version littéraire connue ou du colportage.

Exemples de logique éditoriale : le catalogue peut préférer un titre français devenu usuel, comme La Chatte blanche ou Les Fées, plutôt qu’une traduction littérale du titre international.
6. Comment lire une notice du catalogue ?

Une notice du catalogue suit une architecture relativement stable. Cette régularité permet de comparer les notices entre elles.

  1. Numéro du conte-type et titre. Le numéro renvoie à la classification internationale ; le titre donne la forme française retenue.
  2. Version caractéristique. Le catalogue reproduit ou résume une version choisie pour donner une idée concrète du conte-type.
  3. Décomposition en éléments. Le récit est divisé en épisodes, scènes et éléments variables.
  4. Liste des versions. Les attestations connues sont présentées avec leurs références et, lorsque c’est possible, leur analyse codée.
  5. Remarques. Le catalogue commente les traits importants, les formes françaises, les rapprochements et les jalons littéraires.

Cette structure permet à la fois une lecture rapide et une exploitation savante. Le lecteur peut seulement repérer l’existence d’un conte-type, ou au contraire examiner finement la manière dont chaque version se rattache à la structure générale.

7. La version caractéristique ou « version type »

Pour donner une idée des contes multi-épisodiques dans leur complexité vivante, le catalogue résume ou reproduit une version caractéristique. Marie-Louise Tenèze maintient ce principe dans le tome II malgré l’encombrement éditorial qu’il représente.

Le choix de cette version ne répond pas seulement à un critère esthétique. Il s’agit surtout de choisir un récit aussi proche que possible de la structure générale du conte-type, de préférence inédit ou peu accessible, et capable de rendre sensible la configuration du type.

Le fonds nivernais d’Achille Millien occupe une place particulière : Marie-Louise Tenèze indique que quinze versions types du tome II proviennent de ces manuscrits, tout en soulignant l’effort pour donner aussi la parole aux autres régions françaises.

À comprendre : la version type n’est pas « la meilleure » version dans l’absolu. Elle est choisie pour servir de porte d’entrée dans la structure du conte-type.
8. La décomposition en épisodes, scènes et éléments

L’analyse du conte repose sur une décomposition. Les épisodes sont désignés par des chiffres romains. Les éléments principaux sont désignés par des lettres, éventuellement accompagnées d’un indice chiffré.

Marie-Louise Tenèze explicite la méthode dans le tome II. Les épisodes sont comparables à des actes d’une pièce de théâtre. À l’intérieur des épisodes, les scènes sont notées A, B, C, etc. À l’intérieur des scènes, les éléments distingués permettent de repérer les variations possibles.

Cette méthode cherche à distinguer deux niveaux :

  • les motifs successifs, qui structurent le déroulement du conte ;
  • les motifs alternatifs, qui apparaissent comme des variantes possibles à un même point du récit.

La décomposition est une opération centrale. Plus elle est précise, plus l’analyse des versions peut être concise, contrôlable et comparative.

9. Présentation des versions et ordre géographique

Après la décomposition, le catalogue présente les versions connues. Chaque version est rattachée aux éléments de la décomposition, ce qui permet de voir quels épisodes sont présents, absents, transformés ou contaminés.

L’ordre général retenu est géographique. Paul Delarue avait adopté un ordre qui suit globalement une orientation Nord-Sud. Marie-Louise Tenèze conserve ce principe en l’adaptant aux contraintes du tome II et aux distinctions entre versions françaises et versions étrangères francophones.

En cas de contamination entre deux ou plusieurs contes-types, le catalogue distingue les situations. Si la contamination prend la forme d’une juxtaposition, chaque partie peut être analysée dans le cadre du conte-type correspondant. Si l’imbrication est trop complexe, la version est analysée sous le conte-type dominant, avec renvoi aux codes d’autres types.

Utilité pratique : cette codification permet de comparer rapidement plusieurs dizaines de versions sans devoir relire intégralement chaque texte.
10. Les versions d’outre-mer et les territoires francophones

Le tome I de Paul Delarue applique une analyse détaillée aux versions des pays francophones comme aux versions de France. Dans le tome II, Marie-Louise Tenèze modifie ce traitement pour des raisons pratiques : les collectes canadiennes et francophones s’accroissent très vite, notamment dans les archives de folklore.

Le tome II distingue donc plusieurs cas :

  • versions publiées des territoires non français : références bibliographiques seulement ;
  • versions inédites connues indirectement : signalement global ;
  • versions inédites consultées directement hors de France : énumération avec références et titres éventuels, mais sans analyse complète ;
  • versions provenant d’enquêteurs français ou déposées dans des archives françaises : analyse plus proche de celle des versions de France.

Marie-Louise Tenèze précise que cette décision ne diminue pas l’importance des versions d’outre-mer. Elle relève d’un réalisme éditorial et documentaire.

11. Les remarques : une orientation française plutôt qu’une encyclopédie internationale

Les remarques placées à la fin des notices ne cherchent pas à résumer toute l’histoire mondiale d’un conte-type. Marie-Louise Tenèze indique que l’historique international et la configuration mondiale du thème relèvent plutôt des monographies spécialisées et des ouvrages généraux.

Dans un catalogue national, les remarques servent surtout à dégager des constatations tirées de l’analyse des versions françaises. Elles signalent cependant les jalons importants dans la littérature française lorsque ceux-ci éclairent la tradition orale.

Certains types reçoivent des commentaires plus développés, notamment lorsqu’ils sont liés aux contes de Perrault ou lorsqu’une étude monographique permet de situer précisément les variantes françaises.

12. À quoi sert le catalogue ?

Le catalogue Delarue-Tenèze sert d’abord à établir une base fiable. Il permet d’éviter de raisonner sur une seule version, sur un souvenir imprécis ou sur un titre littéraire trop connu.

Ses usages principaux sont les suivants :

  • identifier le conte-type auquel appartient une version ;
  • repérer les versions françaises et francophones connues ;
  • comparer les structures narratives ;
  • étudier les variantes régionales ;
  • repérer les contaminations entre contes-types ;
  • situer les versions orales par rapport aux versions littéraires ;
  • préparer une étude poétique, historique, narratologique ou ethnographique ;
  • retrouver les sources bibliographiques et manuscrites.
Formule synthétique : le catalogue ne remplace pas la lecture des versions. Il rend cette lecture plus informée, plus comparée et plus contrôlable.
13. Ce que le catalogue permet d’observer sur la tradition française

Le catalogue montre que les contes français appartiennent pour la plupart à un fonds international très ancien. Paul Delarue rappelle que de nombreux contes populaires français sont des versions d’un conte-type international, mais qu’ils ont pu prendre en France une forme particulière en se modelant sur le milieu physique et humain.

Le catalogue permet aussi de mesurer la richesse tardivement reconnue du répertoire français. Le travail de Paul Delarue et de Marie-Louise Tenèze rend visible un ensemble considérable de versions, issues de recueils imprimés, de manuscrits, d’enquêtes régionales et de sources francophones.

Il rend possibles plusieurs niveaux d’étude :

  • histoire des thèmes ;
  • circulation internationale des récits ;
  • variations régionales ;
  • contacts entre français, breton, basque, langues germaniques, occitan, corse ou créole ;
  • relations entre tradition orale et tradition littéraire ;
  • poétique des motifs, des objets et des structures narratives.
14. Limites et précautions d’usage

Le catalogue est un outil exceptionnel, mais il ne doit pas être utilisé comme une autorité mécanique. Plusieurs précautions sont nécessaires.

  • La collecte est inégale selon les régions. Une zone très collectée peut sembler plus riche qu’une zone peu documentée.
  • Certains recueils anciens sont très arrangés, littérarisés ou de provenance incertaine.
  • La frontière entre version orale, version réécrite, version de colportage et version littéraire peut être difficile à établir.
  • La classification internationale a évolué : certains contes-types ont été éclatés, regroupés ou renommés.
  • Les commentaires sont volontairement limités : le catalogue ne remplace pas une monographie.
  • Les versions d’outre-mer sont traitées différemment dans le tome II pour des raisons d’encombrement et de disponibilité documentaire.

Ces limites ne diminuent pas la valeur du catalogue. Elles indiquent comment l’utiliser correctement : comme un instrument de travail, à croiser avec les versions sources, les recueils régionaux, les archives et les études spécialisées.

Glossaire synthétique

Les définitions ci-dessous visent à faciliter la lecture du catalogue et de ses notices.

Catalogue raisonné

Ouvrage de classement qui ne se contente pas d’énumérer les contes : il identifie les types, les versions, les variantes, les sources et les principaux problèmes de comparaison.

Conte-type

Forme narrative traditionnelle reconnue à travers plusieurs versions. Le conte-type n’est pas un texte unique, mais une organisation de récit.

Version

Occurrence concrète d’un conte, recueillie ou publiée dans un lieu, une langue, un contexte et une tradition donnés.

Variante

Écart entre plusieurs versions d’un même conte-type : épisode ajouté, supprimé, déplacé, transformé ou contaminé.

Motif

Élément narratif plus petit qu’un conte-type : personnage, objet, situation, formule, épreuve ou action récurrente.

Épisode

Grande partie du conte dans la décomposition analytique, généralement désignée par un chiffre romain.

Scène

Subdivision d’un épisode, souvent désignée par une lettre. Elle correspond à un moment narratif comparable dans plusieurs versions.

Élément

Trait ou motif isolé dans une scène, parfois accompagné d’un indice chiffré pour distinguer les variantes possibles.

Version type

Version choisie pour donner une représentation concrète du conte-type. Elle est retenue pour sa proximité avec la structure générale, non comme version définitive.

Contamination

Combinaison de deux ou plusieurs contes-types dans une même version, par juxtaposition ou imbrication d’épisodes.

Aarne-Thompson

Classification internationale des contes-types utilisée par Paul Delarue et Marie-Louise Tenèze comme cadre de référence.

Remarques

Partie de la notice où sont discutés les traits français, les rapprochements, les jalons littéraires et certains problèmes particuliers du conte-type.

Sources et références bibliographiques

Les références ci-dessous sont données selon une présentation bibliographique universitaire.

Sources principales

  • DELARUE, Paul, Le Conte populaire français. Catalogue raisonné des versions de France et des pays de langue française d’outre-mer : Canada, Louisiane, Îlots français des États-Unis, Antilles françaises, Haïti, Île Maurice, La Réunion, tome I, Paris, Éditions G.-P. Maisonneuve et Larose, 1957.
  • DELARUE, Paul, et TENÈZE, Marie-Louise, Le Conte populaire français. Catalogue raisonné des versions de France et des pays de langue française d’outre-mer : Canada, Louisiane, Îlots français des États-Unis, Antilles françaises, Haïti, Île Maurice, La Réunion, tome II, Paris, Éditions G.-P. Maisonneuve et Larose, 1964.
  • DELARUE, Paul, et TENÈZE, Marie-Louise, Le Conte populaire français, édition en un seul volume reprenant les quatre tomes publiés entre 1976 et 1985, Paris, Maisonneuve et Larose, 2002.
  • TENÈZE, Marie-Louise, avec la collaboration de BRU, Josiane, Le Conte populaire français. Catalogue raisonné des versions de France et des pays de langue française d’outre-mer. Tome quatrième, deuxième volume : Contes-nouvelles, Paris, Éditions du C.T.H.S., 2000, ISBN : 2-7355-0438-7.

Sources complémentaires utiles

  • DELARUE, Paul, « Les caractères propres du conte populaire français », La Pensée, n° 72, mars-avril 1957, p. 39-62.
  • TENÈZE, Marie-Louise, « Le Catalogue analytique du conte populaire français », communication citée dans l’introduction du tome II du Conte populaire français.
  • TENÈZE, Marie-Louise, « Du conte merveilleux comme genre », Arts et traditions populaires, 18e année, n° 1-3, janvier-septembre 1970, p. 11-65.
  • Archives nationales, notice d’autorité « Musée national des Arts et traditions populaires (Paris) », notice historique de l’institution.
  • Mucem, « Georges Henri Rivière. Voir, c’est comprendre », dossier de présentation de l’exposition consacrée à Georges Henri Rivière, fondateur du Musée national des arts et traditions populaires.
  • ICOM France, « Georges Henri Rivière, Voir c’est comprendre », notice consacrée à Georges Henri Rivière, fondateur du MNATP et directeur de l’ICOM de 1948 à 1965.
  • Les Réveillées / EHESS, « Un musée à la source de l’ethnomusicologie du domaine français et francophone », notice historique sur le laboratoire d’ethnographie française, le MNATP, la Société d’ethnographie française, le périodique Arts et traditions populaires et les recherches coopératives sur programme.
  • Bérose, « La Revue des traditions populaires. Historique », notice sur la revue fondée par Paul Sébillot et liée à la Société des traditions populaires.
  • LISST – Centre d’anthropologie sociale, « Le Catalogue du conte populaire français », présentation du chantier toulousain du catalogue.
  • BRU, Josiane, « Le “Delarue-Tenèze”, catalogue raisonné des versions de France », Cahiers de littérature orale, n° 57-58, 2005, p. 253-268.
  • BRU, Josiane, BONNEMASON, Bénédicte éd., Le Conte populaire français. Contes merveilleux. Supplément au Catalogue de Paul Delarue et Marie-Louise Tenèze, Toulouse, Presses universitaires du Midi, 2017.

Conclusion

Le catalogue Delarue-Tenèze est un instrument de référence parce qu’il transforme une masse de récits dispersés en un ensemble classé, comparable et exploitable. Il donne une base solide pour étudier les contes populaires français : non seulement comme textes, mais comme traditions mouvantes, localisées, transmises et transformées.

Son intérêt tient à sa double nature. Il est à la fois un outil documentaire, qui recense et classe les versions, et un outil analytique, qui décompose les contes-types en éléments comparables. C’est cette articulation qui en fait une base indispensable pour toute étude sérieuse des contes merveilleux, des contes facétieux, des récits d’animaux et des autres grandes familles de la tradition narrative orale.