Le conte merveilleux

Catalogue Delarue Teneze

Conte Type T470_B Versions
00 - Conte-type 470 B - LE PAYS OU L'ON NE MEURT PAS
Aa. Th. The Land where No One Dies. (formely 825*).

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900 - Description ATU (source)

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901 - Description - Aarne et Thompson - The Types of Folktales - 1973 (source)


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0 - Version du catalogue : Version beauceronne - L'HOMME QUI NE VOULAIT PAS MOURIR (source)
RT.P., XI (1896), 569-571. (FILLEUL-PETIGNY, Contes de la Beauce et du Perche).

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1 - Mme d'AULNOY, Histoire d'Hypolite, Comte de Duglas. Paris, 1690, II, 143-181. (source)
Le prince de Russie, nommé Adolphe, est pris à la chasse aux ours, dans un violent orage et s'égare. Après avoir erré longtemps, il arrive à une grande caverne qui est la demeure d'Eole, le Dieu des Vents et de ses enfants. Le prince y est accueilli par la mère des Vents ; elle lui apprend qu'il est le premier mortel arrivé en ces lieux. Les vents rentrent l'un après l'autre ; le doux Zéphir, dont le retard inquiétait la mère des Vents, explique qu'il revient des jardins de la Princesse Félicité, dans l'Ile de la Félicité. Le prince qui se lie d'amitié avec
Zéphyr, obtient d'être porté le lendemain à cette île merveilleuse. Zéphyr lui a remis, avant leur départ, un manteau procurant l'invisibilité. A le faveur d'une corbeille qu'on monte à l'appartement de la princesse, le héros peut y pénétrer ; transporté par la beauté de Félicité, il laisse glisser le manteau et apparaît ainsi devant elle. La princesse répond à son amour, et les deux amants coulent des jours heureux. Un jour cependant le prince s'enquiert du temps écoulé : il croit avoir passé trois mois dans ce séjour bienheureux, mais la princesse Félicité lui apprend qu'il est là depuis trois cents ans. Le prince Adolphe, alors, s'inquiète de son royaume et de sa gloire, et obtient finalement de pouvoir revenir sur terre. La pria. cesse lui fait amener un cheval magnifique et lui recommande, sous peine de malheur, de ne pas mettre pied à terre avant d'être de retour dans son pays. Un soir cependant, passant dans un chemin escarpé, il est arrêté par une charrette, remplie de vieilles ailes de différentes façons, qui est renversée sur son conducteur. Le héros, dans son désir de venir en aide au pauvre vieillard, met pied à terre... mais est saisi immédiatement, et étouffé par celui qui n'est autre que le Temps. Zéphyr, passant dans ce funeste endroit, se charge du corps de son ami qu'il transporte dans les jardins de la princesse Félicité ; celle-ci, de douleur, s'enferme à tout jamais.

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2 - Ms MILLIEN-DELARUE, Nivernais = TENÈZE-HULLEN, France Allemagne, n° 15, 88-90. La Mère des Quatre Vents. (source)
Un prince, s'égarant à la chasse, arrive auprès de la Mère des Quatre Vents : il est bien accueilli et chaque jour un des quatre vents lui tient compagnie. Toutefois la nostalgie de revoir ses parents s'empare de lui : il croit n'être resté que quelques jours, mais la Mère des Quatre Vents lui apprend qu'il est resté cent ans auprès d'eux. Elle lui amène un cheval, mais en lui recommandant de n'en pas descendre. En arrivant dans son pays, le prince croise une voiture à boeufs, dont le conducteur, endormi, glisse sous les roues. Il se précipite à son secours — et est immédiatement saisi. « Et la Mort étrangla le prince, et le cheval s'en alla tout seul vers la Mère des Quatre Vents. »

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3 - R.T.P., XI (1896), 569-571. L'homme qui ne voulait pas mourir (FILLEUL-PETIGNY, Beauce). (source)
Est la vers. type reproduite ci-dessus.

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4 - JOISTEN, C. et chansons Htes Alpes, 42-43. La belle Isiodore. Débute par le type 811 A*. Puis épis. du T. 470 B, altéré.
La Belle Isiodore emmène le petit Jean dans son pays d'immortalité, où elle l'épouse. Ensemble ils vont revoir le père du Petit Jean, mais sans descendre de voiture. Au bout d'un certain temps, le héros veut encore revoir son père : lai belle Isiodore lui donne des bottes de sept lieues en or, à ne pas quitter. Mais des voleurs l'en dépouillent — et il ne peut revenir auprès de sa femme que sept ans après, et devenu très vieux pour avoir quitté ses bottes.

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5 - ORTOLI, Corse, 224-234. Il faut mourir = DELARUE, Trois oranges, 163-170. Grantesta, l'homme qui veut être immortel. (source)
Rés. par KÔHLER, Kleinere Schriften, II, 406-407.
Comme dans la vers. type, un pauvre méprisé par Grantesta le savant jette à celui-ci qu'il mourra lui aussi et que de son nom ne restera même pas un vague souvenir. C'est alors que Grantesta va à la recherche du pays de l'immortalité. A deux reprises il croit l'avoir trouvé, mais dans le premier pays arrive un monstre aux ailes d'aigle qui de son bec enlève un grain de sable des hautes montagnes : quand les montagnes seront rasées, les habitants de ce pays mourront. Dans le second pays, un oiseau noir vient prendre une goutte d'eau d'un lac plus grand qu'une mer ; il répète ce geste tous les mille ans, et quand le lac sera asséché, la mort aura prise sur le pays. Grantesta auquel cette immortalité relative ne suffit pas, poursuit sa route, lorsqu'une fée descend vers lui et l'emmène dans le pays de l'immortalité. De longues années de bonheur s'écoulent là pour Grantesta ; mais l'envie de revoir sa mère le prend, et il obtient de la fée de pouvoir revenir sur terre sur un cheval dont il ne devra pas descendre ; à son village personne ne se souvient de sa mère, ni de lui. Grantesta croise un lourd chariot embourbé auquel il veut prêter secours. Mais à peine a-t-il mis pied à terre que la Mort, lui montrant sa voiture pleine de chaussures informes usées à sa poursuite, abat sa faux sur le malheureux.

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1001 - --- a) THESE ROY, Gaspésie. Le prince Adolphe. Cf. ID., Litt. or Gaspésie, 227.
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1002 - --- b) Ms. Mus. NAT. Ottawa. Rolt 124 (835). La fée Minoune, Québec, 1958.


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1000 - Commentaires

La représentation d'un pays où l'on ne connaît ni la vieillesse ni la mort et où les années s'écoulent comme des siècles est répandue de l'Irlande à l'Inde. Les images de la montagne enlevée grain de sable par grain de sable et de la mer bue goutte à goutte, ainsi que les contes connaissant le retour du héros sur la terre et la ruse de la Mort ont été étu
diés par R. KÔHLER (1).
Rappelant les traditions celtiques de l'au-delà, il cite aussi le lai de Guingamor (2), lai breton anonyme du xte siècle qui est peut-être de Marie de France : Guingamor est un prince égaré à la chasse, qui croit avoir passé trois jours, alors qu'il a passé trois cents ans dans le pays de l'immortalité ; c'est parce qu'à son retour sur la terre il cueille et mange trois pommes sauvages qu'il tombe, devenu soudain vieux et faible, du cheval dont il ne devait pas descendre.
(1) Reinhold Kii1ILER, Kleinere Schrit ten. II. Zur erablenden Dicbtung de Mittelalters. Hrsg. von Johannes BOLTE, Berlin, 1900, 37-47: 9. Ein Bild der Ewigkeit et 406-435: 33. Ueber den Trattato della superbia et morte di Senso. La vers. 2 rapportée par KiiKLER, recueillie à Rome en 1868, rappelle trait pour trait la vers. de Mme d'Aulnoy.
(2) Id., ib., p.Edité po 428. Eua père fois par Gaston PARIS : Lais inédits... in : Rontania VIII (1879), 2- l72, ici 50-remi59.
En écartant la vers. altérée et incomplète de JorsTEN, nos 4 vers. se partagent en deux groupes : la vers. type et la vers. corse d'un côté où le héros qui ne peut accepter l'idée de périr cherche consciemment le pays de l'immortalité au-delà des pays d'une immortalité relative pat lesquels il passe — la vers. de Mme d'Aulnoy, et la version Malien de l'autre, où le héros qui est un prince égaré à la chasse, arrive fortuitement dans le pays surnaturel (comme aussi dans le lai de Guingamor) ; là il est accueilli d'abord (et la vers. nivernaise s'arrête là) par la Mère des Quatre Vents.
Une variante du motif des chaussures usées par la mort (3) qui caractérise trois de nos versions (car « les ailes du Temps » chez Mme d'Aulnoy ne sont certainement que la transposition, jugée de meilleur goût par la conteuse, du mé'me motif) clôt aussi une vers. bas-bretonne du T. 332 (cf. Catal. I, p. 370, vers. 12 de ce type : LUZEL, Lég. chrét. B. Bret., I, 346-357. L'Ankou et son compère : voiture chargée des vê-tements usés par l'Ankou à la poursuite du héros).
Plus encore que dans les T. 470 et 471, le motif du temps écoulé, rendu plus dramatique par la ruse employée par la Mort pour arriver à ses fins, est ici un ressort essentiel du thème.
(3) Cf. KiifILER, op. cit., 430-432. Conte-type 471
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